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Le Procès du Glyphosate : Bayer et un Siècle d'Impunité en Question

Une enquête sur Bayer-Monsanto, le glyphosate, et le verdict des tribunaux qui expose un siècle de manipulation scientifique et de capture réglementaire.

Le Procès du Glyphosate : Bayer et un Siècle d'Impunité en Question
Source de l'image: Wikimedia Commons / Wikipedia — Bayer

À retenir

  • L'acquisition de Monsanto par Bayer en 2018, pour 63 milliards de dollars, s'est transformée en un fardeau financier et juridique colossal en raison des litiges liés au glyphosate.
  • Des documents internes, les "Monsanto Papers", ont révélé des décennies de manipulation de la science, incluant la rédaction fantôme d'études et des campagnes de dénigrement contre les scientifiques indépendants.
  • La classification du glyphosate comme "cancérogène probable" par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) en 2015 a été le catalyseur de plus de 125 000 actions en justice aux États-Unis.
  • Malgré des condamnations à des milliards de dollars de dommages et un plan de règlement de plus de 10 milliards, Bayer n'a jamais admis sa responsabilité et continue de commercialiser des produits à base de glyphosate.
  • L'histoire de Bayer, de son rôle au sein d'IG Farben à l'ère nazie jusqu'à aujourd'hui, révèle un schéma récurrent de priorité accordée au profit sur la santé humaine et l'environnement.

Le verdict des prétoires américains contre Bayer, suite à son acquisition de Monsanto, représente bien plus qu'une affaire de santé publique ou un désastre financier pour l'entreprise. C'est le point culminant d'une longue histoire de pouvoir entrepreneurial, où la manipulation de la science, la capture des agences réglementaires et le mépris de la vie humaine ont été érigés en modèle économique. De son héritage au sein d'IG Farben, fournisseur du Zyklon B, à la dissimulation délibérée des dangers du glyphosate, l'histoire de Bayer-Monsanto est celle d'une entité dont la quête de profit a justifié l'injustifiable, jusqu'à ce que des jurys populaires décident que le prix à payer devait enfin être réglé.

Faits clés

  • Acquisition maudite : En juin 2018, Bayer finalise l'achat de Monsanto pour 63 milliards de dollars, l'une des plus grosses transactions de l'histoire allemande. Moins de deux mois plus tard, le premier verdict condamne Monsanto.
  • Le verdict du CIRC : En mars 2015, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), une agence de l'OMS, classe le glyphosate comme « cancérogène probable pour l'homme » (Groupe 2A), déclenchant une vague de litiges sans précédent.
  • Les "Monsanto Papers" : Des milliers de pages de documents internes déclassifiés lors des procès révèlent des pratiques de "ghostwriting" (rédaction fantôme d'articles scientifiques), des plans pour discréditer des scientifiques et des efforts pour influencer les régulateurs.
  • Nombre de plaignants : Le nombre de poursuites aux États-Unis contre Bayer concernant le Roundup a dépassé les 125 000 en 2020.
  • Le coût du règlement : En juin 2020, Bayer a annoncé un plan de règlement de près de 10,9 milliards de dollars pour résoudre la majorité des plaintes existantes et futures, sans toutefois admettre sa responsabilité.

Un corps dans un prétoire

Le 10 août 2018, la justice ne portait pas la toge d'un juge ni le costume d'un avocat. Elle avait la peau meurtrie et le corps épuisé de Dewayne "Lee" Johnson. Ancien jardinier scolaire de 46 ans, il se tenait devant un tribunal de San Francisco, atteint d'un lymphome non hodgkinien en phase terminale, avec des lésions couvrant 80 % de son corps. Le jury a écouté son histoire : celle d'une exposition répétée et, croyait-il, inoffensive à l'herbicide Roundup de Monsanto. Puis, le jury a examiné les preuves : des décennies de mémos internes, de courriels et de stratégies de communication qui démontraient, selon eux, que Monsanto savait que son produit phare pouvait être dangereux et n'avait rien fait. Pire, qu'il avait tout fait pour le cacher. Le verdict fut sans appel : 289 millions de dollars, dont 250 millions de dollars de dommages-intérêts punitifs pour avoir agi avec "malice".

Ce verdict n'était pas un simple jugement. C'était la première fissure dans une forteresse de déni et d'influence construite sur un demi-siècle. Pour Bayer AG, le géant pharmaceutique et agrochimique allemand qui venait de conclure l'acquisition de Monsanto pour la somme faramineuse de 63 milliards de dollars seulement deux mois plus tôt, ce fut le début d'un cauchemar financier et réputationnel. Ce n'était que le début de la reddition des comptes, une mise en accusation qui allait bien au-delà de la toxicité d'une seule molécule. C'était le procès d'un système.

De l'Aspirine au Zyklon B : Genèse d'un colosse

L'image publique de Bayer a longtemps été celle d'un bienfaiteur de l'humanité, encapsulée dans l'une des inventions les plus célèbres du XXe siècle : l'Aspirine. Fondée en 1863, l'entreprise s'est bâtie une réputation de sérieux et d'innovation, symbolisée par son siège social imposant à Leverkusen.

Une bouteille d'aspirine Bayer datant de 1899, témoin de l'image pharmaceutique initiale de l'entreprise.

Mais cette histoire officielle omet un chapitre fondamental et macabre. En 1925, Bayer fut l'une des six entreprises chimiques allemandes qui fusionnèrent pour former le conglomérat Interessengemeinschaft Farbenindustrie AG, plus connu sous le nom d'IG Farben. Ce mastodonte industriel devint l'épine dorsale économique de la machine de guerre nazie.

« Les noms de ceux qui, d'un point de vue économique, sont responsables de la construction de la machine de guerre hitlérienne sont bien connus. Ce sont les Krupp, les Siemens, les Thyssen, et surtout les dirigeants d'IG Farben. » — Telford Taylor, Procureur en chef au procès des industriels à Nuremberg, 1947

IG Farben n'était pas un simple fournisseur. L'entreprise a financé l'accession au pouvoir d'Hitler. Elle a exploité le travail forcé dans ses usines, dont une usine de caoutchouc synthétique construite à grands frais à Auschwitz (Monowitz), où des dizaines de milliers de prisonniers sont morts d'épuisement, de faim ou ont été assassinés. Pire encore, une filiale d'IG Farben, Degesch, détenait le brevet et supervisait la distribution du Zyklon B, le gaz pesticide à base de cyanure utilisé dans les chambres à gaz pour perpétrer l'Holocauste.

Une action des Farbenfabriken vorm. Friedr. Bayer & Comp, émise en 1908. Un vestige financier d'une époque précédant la fusion au sein d'IG Farben.

Après la guerre, IG Farben fut démantelée par les Alliés. Plusieurs de ses dirigeants furent condamnés pour crimes de guerre au procès de Nuremberg. Mais l'entreprise ne disparut pas ; elle fut scindée en ses sociétés constituantes. Bayer renaquit de ses cendres en 1951, avec à sa tête Fritz ter Meer, un dirigeant d'IG Farben condamné à Nuremberg pour esclavage et pillage, qui devint président du conseil de surveillance de Bayer en 1956. Ce passé, rarement évoqué dans les brochures de l'entreprise, établit un précédent glaçant : la capacité d'une structure corporatiste à survivre aux pires atrocités, à se dissocier de ses crimes et à poursuivre ses activités commerciales comme si de rien n'était.

Monsanto et la promesse empoisonnée de l'agriculture moderne

Si le passé de Bayer est sombre, celui de Monsanto, son acquisition maudite, n'est pas moins controversé. Fondée en 1901, Monsanto a passé le XXe siècle à produire certains des produits chimiques les plus toxiques jamais créés :

  • Les PCB (polychlorobiphényles) : Utilisés comme isolants électriques, ils ont été interdits dans les années 1970 en raison de leur toxicité extrême et de leur persistance dans l'environnement. Monsanto était le principal producteur.
  • Le DDT : Un insecticide largement utilisé avant que son impact dévastateur sur la faune, détaillé dans le livre Silent Spring de Rachel Carson, ne conduise à son interdiction.
  • L'Agent Orange : Un défoliant utilisé massivement par l'armée américaine pendant la guerre du Vietnam. Contaminé par de la dioxine, il a causé des cancers, des malformations congénitales et d'autres maladies graves à des millions de Vietnamiens et à des milliers de vétérans américains.

Dans les années 1970, un chimiste de Monsanto, John E. Franz, découvre les propriétés herbicides d'une molécule : le N-(phosphonométhyl)glycine, ou glyphosate. Lancé en 1974 sous le nom de Roundup, il est présenté comme un herbicide miracle, à large spectre et prétendument biodégradable et sans danger pour l'homme. Son véritable essor viendra dans les années 1990 avec le développement par Monsanto de cultures génétiquement modifiées (OGM) conçues pour lui résister : les cultures "Roundup Ready" (soja, maïs, coton). Le modèle économique était génial : vendre les semences et l'herbicide qui va avec, créant un système agricole captif. Le glyphosate est rapidement devenu l'herbicide le plus utilisé de la planète.

La science sous influence : Les "Monsanto Papers"

Au cœur de l'affaire Roundup se trouve une accusation de fraude scientifique systémique. Pendant des décennies, Monsanto a farouchement défendu la sécurité de son produit, s'appuyant sur un barrage d'études et de déclarations réglementaires. Les procès ont brisé cette façade en faisant émerger des milliers de documents internes, surnommés les "Monsanto Papers".

Ces documents, déclassifiés sur ordre des tribunaux, dessinent le portrait d'une entreprise prête à tout pour protéger sa vache à lait. Les tactiques comprenaient :

  1. La rédaction fantôme ("Ghostwriting") : Des employés de Monsanto rédigeaient des articles scientifiques favorables au glyphosate, puis demandaient à des universitaires de les signer, moyennant finance ou non, pour leur donner un vernis d'indépendance. Un courriel de 2015 d'un cadre de Monsanto, William Heydens, suggérait : « Nous écririons en mode "ghost-write" [...] et ils ne feraient qu'éditer et signer leurs noms. »
  2. La suppression de la recherche défavorable : L'entreprise a créé des listes d'experts à discréditer. Lorsque le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a commencé son évaluation, un document interne de Monsanto détaillait un plan pour "orchestrer un tollé" et "invalider la décision du CIRC".
  3. L'influence sur les agences réglementaires : Les documents ont mis en lumière une relation incestueuse avec certains responsables de l'Environmental Protection Agency (EPA) américaine. Un courriel tristement célèbre d'un cadre de Monsanto, Dan Jenkins, se vantait de l'aide d'un responsable de l'EPA, Jess Rowland, qui aurait promis de "tuer" une étude défavorable menée par une autre agence américaine.

Science manipulée

Experts discrédités

Capture réglementaire

Affaires judiciaires

Ce faisceau de preuves a été dévastateur devant les jurys. Il ne s'agissait plus de débattre de la science, mais de juger d'une tromperie organisée.

Le tournant de 2015 : Le CIRC, le cancer et la déferlante juridique

Le véritable catalyseur de la chute de Monsanto fut la publication, en mars 2015, de la monographie du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC). Contrairement aux agences réglementaires comme l'EPA, le CIRC base ses évaluations exclusivement sur des données publiées et accessibles au public, et non sur des études confidentielles fournies par l'industrie. Après avoir examiné des centaines d'études, le groupe d'experts internationaux a classé le glyphosate dans le "Groupe 2A : probablement cancérogène pour l'homme".

Le CIRC a fondé sa conclusion sur trois types de preuves :

  1. "Preuves suffisantes" de cancer chez l'animal de laboratoire.
  2. "Preuves limitées" d'un risque accru de lymphome non hodgkinien chez l'homme (principalement chez les travailleurs agricoles).
  3. "Fortes preuves" de génotoxicité (capacité à endommager l'ADN) et de stress oxydatif, deux mécanismes pouvant conduire au cancer.

Cette classification a eu l'effet d'une bombe. Pour la première fois, une agence sanitaire mondiale et indépendante établissait un lien de causalité probable. La réaction de Monsanto fut immédiate et féroce, qualifiant le rapport de "science de pacotille" et lançant une guerre de communication pour le discréditer. Mais le mal était fait. La classification du CIRC a fourni la base scientifique nécessaire pour que les avocats puissent lancer des actions en justice au nom de milliers de personnes atteintes de lymphome non hodgkinien.

Agence Année de la dernière évaluation majeure Classification du glyphosate Méthodologie clé
CIRC (OMS) 2015 Groupe 2A : Cancérogène probable Évaluation basée sur des données publiques et expertises indépendantes.
EPA (États-Unis) 2017 (Projet) "Probablement pas cancérogène pour l'homme" S'appuie fortement sur les études non publiées fournies par l'industrie.
EFSA (Europe) 2023 "Aucun domaine de préoccupation critique" Utilise un mélange d'études publiques et industrielles, sous le parrainage des entreprises.
ANSES (France) 2021 Confirme le lien de causalité possible mais "faible" Souligne le manque de données et la nécessité de recherches indépendantes.

Le verdict des jurys : quand des citoyens demandent des comptes

Entre 2018 et 2019, trois procès emblématiques aux États-Unis ont scellé le destin financier de Bayer-Monsanto.

  • Dewayne Johnson vs. Monsanto (Août 2018) : Le jardinier scolaire. Verdict : 289 millions de dollars (réduit en appel à 20,5 millions).
  • Edwin Hardeman vs. Monsanto (Mars 2019) : Un homme de 70 ans ayant utilisé du Roundup sur sa propriété pendant des décennies. Verdict : 80 millions de dollars (réduit à 25 millions).
  • Alva et Alberta Pilliod vs. Monsanto (Mai 2019) : Un couple de retraités, tous deux atteints d'un lymphome non hodgkinien après avoir utilisé du Roundup pendant plus de 30 ans. Verdict : Un montant stupéfiant de 2,055 milliards de dollars (réduit à 87 millions).

Dans chaque cas, le raisonnement du jury était le même. Ils n'ont pas seulement conclu que le Roundup était un facteur substantiel dans le développement du cancer des plaignants. Ils ont surtout jugé que Monsanto avait agi avec malice et oppression, cachant délibérément les risques et faisant passer ses profits avant la vie humaine. Les dommages-intérêts punitifs, conçus pour punir et dissuader, représentaient la part la plus importante des verdicts initiaux.

Le cours de l'action de Bayer s'est effondré, anéantissant des dizaines de milliards de dollars de capitalisation boursière. Le nombre de poursuites a explosé, passant de quelques milliers à plus de 125 000 en l'espace de deux ans.

Le siège de Bayer à Leverkusen, en Allemagne. Symbole d'une puissance industrielle ébranlée par la justice.

Augmentation des poursuites judiciaires contre Bayer/Monsanto concernant le Roundup 2017 2018 2019 Avril 2020 0 25 000 50 000 75 000 100 000 125 000 4 000
<rect x="240" y="298" width="50" height="52" fill="#c0392b"></rect>
<text x="265" y="293" text-anchor="middle" fill="white" font-size="12">18 400</text>

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<text x="395" y="219" text-anchor="middle" fill="white" font-size="12">42 700</text>

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<text x="525" y="15" text-anchor="middle" fill="white" font-size="16">125 000</text>
Explosion du nombre de plaignants

Un règlement à 11 milliards : le calcul froid du risque

Face à la menace existentielle d'un litige sans fin, le PDG de Bayer, Werner Baumann, l'architecte de la fusion avec Monsanto, a finalement cédé. En juin 2020, Bayer a annoncé un plan de règlement global. Le calcul était froid, purement économique :

Catégorie de règlement Montant alloué (USD) Description
Règlement des litiges existants 8.8 - 9.6 milliards Pour résoudre environ 75% des 125 000 plaintes actuelles.
Provision pour litiges futurs 1.25 milliard Pour créer un mécanisme complexe (et contesté) visant à gérer les futures plaintes.
Règlement des litiges PCB 820 millions Pour régler les contentieux hérités de Monsanto concernant la pollution aux PCB.
Règlement des litiges Dicamba 400 millions Pour un autre herbicide controversé de Monsanto, accusé de dériver et de détruire les cultures voisines.
Total approximatif ~10.9 milliards Somme provisionnée pour tenter de clore le chapitre des litiges américains.

La croix Bayer, symbole de la marque, éclaire la nuit à Leverkusen. Un emblème désormais indissociable du plus grand scandale sanitaire et juridique de l'histoire de l'entreprise.

Cependant, cet accord ne contenait aucune admission de responsabilité. Dans ses communications, Bayer continue de soutenir que le glyphosate est sûr et que le règlement est une décision purement financière pour mettre fin à l'incertitude. L'entreprise a également annoncé qu'elle continuerait à vendre du Roundup à base de glyphosate dans le monde entier, ne retirant que les formulations destinées aux particuliers sur le marché américain pour des raisons de "gestion du risque". L'activité principale, la vente aux agriculteurs, se poursuit.

Un coût sans pénitence

L'affaire Bayer-Monsanto est un cas d'école de la responsabilité des entreprises au XXIe siècle. D'un côté, des jurys de citoyens ont examiné les preuves et rendu des verdicts d'une sévérité historique, affirmant que la dissimulation d'informations vitales sur la santé publique devait avoir un coût exorbitant. Ce coût, s'élevant à plus de 10 milliards de dollars, est plus qu'un simple poste de dépense ; il est la sanction d'une faillite morale.

D'un autre côté, le résultat final laisse un goût amer. Aucune inculpation pénale n'a été prononcée. Aucun dirigeant n'a été tenu personnellement responsable. L'entreprise, bien qu'affaiblie financièrement, survit. Le produit au cœur du scandale reste sur le marché dans la plupart des pays du monde. La stratégie de Bayer consiste désormais à payer pour éteindre l'incendie juridique, tout en niant l'existence même du feu.

L'histoire, de l'usine d'Auschwitz aux champs de maïs imbibés de Roundup, semble se répéter sous une forme différente. La structure corporatiste, conçue pour limiter la responsabilité et maximiser le profit, démontre une fois de plus sa capacité de résilience face à l'indignation morale et même à la sanction judiciaire. Le procès du glyphosate a infligé une blessure profonde, mais la question demeure : était-ce une blessure mortelle pour l'impunité, ou simplement le prix calculé à payer pour continuer les affaires comme avant ?

Sources et lectures complémentaires

Questions fréquentes

Quelle est l'affaire Bayer-Monsanto concernant le glyphosate ?
L'affaire concerne des milliers de poursuites judiciaires accusant le glyphosate, l'ingrédient actif de l'herbicide Roundup de Monsanto, de provoquer le cancer, notamment le lymphome non hodgkinien. Après avoir acquis Monsanto pour 63 milliards de dollars en 2018, Bayer a hérité de cette responsabilité légale et a été contraint de provisionner plus de 10 milliards de dollars pour régler les litiges.
Qui est tenu responsable des dommages causés par le Roundup ?
Légalement, Bayer est désormais responsable en tant que société mère de Monsanto. Cependant, la responsabilité historique incombe à Monsanto, qui a commercialisé le Roundup pendant plus de 40 ans tout en étant accusé par les tribunaux d'avoir activement dissimulé les risques de cancer associés. Les jurys ont estimé que la société a agi avec "malice", c'est-à-dire une méconnaissance délibérée de la sécurité d'autrui.
Combien de personnes ont poursuivi Bayer pour des cancers liés au Roundup ?
Au début des années 2020, le nombre de poursuites intentées ou menacées contre Bayer aux États-Unis avait dépassé les 125 000. En 2020, la société a annoncé un plan de règlement massif d'environ 10,9 milliards de dollars visant à clore environ 75 % de ces actions en justice, intentées par des personnes diagnostiquées avec un lymphome non hodgkinien après une exposition au Roundup.
Pourquoi le lien entre le glyphosate et le cancer est-il si controversé ?
La controverse découle d'évaluations scientifiques divergentes. Le CIRC de l'OMS l'a classé "cancérogène probable" en 2015 sur la base de données publiques. En revanche, des agences réglementaires comme l'EPA aux États-Unis et l'EFSA en Europe, s'appuyant souvent sur des études commanditées par l'industrie, le jugent non cancérogène. Les litiges ont révélé des preuves de manipulation de la recherche par Monsanto, ce qui jette le doute sur la validité des évaluations réglementaires.
Quelles sont les conséquences actuelles pour Bayer ?
Bayer a subi des pertes financières massives, avec un cours de l'action qui a chuté de plus de 50 % suite aux premières condamnations. L'entreprise est engagée dans un processus de règlement de plusieurs milliards de dollars et fait face à un préjudice d'image durable. Malgré cela, Bayer refuse d'admettre toute faute, continue de vendre des produits à base de glyphosate et cherche des moyens de limiter sa responsabilité juridique future.
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