L'Algérie n'était pas une colonie dans l'imaginaire juridique français. C'étaient trois départements français, comme n'importe quel autre de la France métropolitaine — sauf que 90 % des habitants n'y avaient pas le droit de vote[6].
- Durée
- 1830 – 1962 (132 ans)
- Période de conquête
- 1830 – 1903
- Guerre d'indépendance
- 1954 – 1962
- Population coloniale (1954)
- ≈1 million de pieds-noirs
- Algériens morts (1954-62)
- ≈500 000 – 1 500 000
- Torturés par les forces françaises
- Des dizaines de milliers documentés
La conquête
Bugeaud, les enfumades, la dépossession
La France a envahi la Régence d'Alger en 1830. La pacification sous le maréchal Bugeaud dans les années 1840 a adopté ce qu'il appelait ouvertement la guerre razzia : destruction des récoltes, des troupeaux et des villages jusqu'à la soumission ou la fuite des populations. Les enfumades de 1845 dans le Dahra — grottes obstruées par le feu alors que des familles s'y étaient réfugiées — ont produit des morts par asphyxie par milliers. Les faits ont été débattus à la Chambre des députés et la politique a continué.
“Il faut les envelopper dans un cercle de feu. Il faut les chasser comme des bêtes sauvages.”
La législation foncière à partir de 1851 a transféré d'immenses quantités de terres communautaires algériennes à la propriété coloniale. En 1954, les pieds-noirs (colons européens) et les Juifs d'Algérie — à peine 10 % de la population — possédaient plus de 25 % de toutes les terres agricoles.
Sétif
8 mai 1945
Le jour où l'Europe célébrait la capitulation allemande, des Algériens dans la ville orientale de Sétif ont défilé avec des drapeaux français et algériens côte à côte. La police française a tiré sur la manifestation. Des Algériens ont tué environ 100 colons dans les jours qui ont suivi. L'armée française, la gendarmerie et les milices pieds-noirs ont riposté. Les estimations d'Algériens tués vont de 6 000 (chiffre officiel français) à 45 000 (gouvernement algérien et Radio Le Caire). L'historien Jean-Pierre Peyroulou les situe entre 10 000 et 20 000.
Sétif a rendu inévitable la guerre qui a suivi. De nombreux dirigeants du soulèvement de 1954 — dont Ahmed Ben Bella et Hocine Aït Ahmed — dataient de Sétif leur engagement révolutionnaire.
La guerre
1954-1962 et l'usage systématique de la torture
L'insurrection du FLN a commencé le 1ᵉʳ novembre 1954. En 1957, les parachutistes français sous le général Jacques Massu étaient déployés à Alger avec des pouvoirs pratiquement illimités. Le 9ᵉ Zouaves, la 10ᵉ DP et la DST utilisaient la torture — électricité (la gégène), supplice de l'eau, coups — comme méthode d'enquête de routine. Le rapport Wuillaume, commandé par le gouvernement français lui-même en 1955, a documenté la pratique sans qu'aucune suite n'y soit donnée[6].
“La torture est le cancer de la démocratie.”
En 2018, le président Emmanuel Macron a officiellement reconnu que le mathématicien Maurice Audin avait été torturé à mort par l'armée française en 1957, et que « la torture était un système » pendant la guerre. C'était la première fois qu'un chef d'État français le disait.
Le calcul des pertes
Pourquoi la fourchette est si large
Chronologie
Dates clés
1830
La France envahit la Régence d'Alger.
1845
Enfumades du Dahra par le colonel Pélissier.
1848
L'Algérie officiellement annexée en trois départements français.
1871
Révolte de Mokrani réprimée ; suivent des confiscations massives de terres.
1945 mai
Massacres de Sétif et de Guelma.
1954 nov.
Toussaint rouge — début de l'insurrection du FLN.
1957
Bataille d'Alger — torture systématisée sous Massu.
1961 oct.
Massacre de Paris — la police tue au moins 120 manifestants algériens ; des corps sont jetés dans la Seine.
1962 mars
Accords d'Évian. Indépendance le 5 juillet 1962.
2018
Macron reconnaît la torture et la mort de Maurice Audin.
