La France a perdu la colonie esclavagiste qui finançait les fortunes de Bordeaux et de Nantes. Elle a ensuite fait payer la colonie affranchie pour cette perte. La facture a couru jusqu'en 1947[6].
- Premier Empire (apogée)
- Saint-Domingue, Louisiane, Québec, Inde, île Maurice
- Second Empire (apogée, 1930)
- Algérie, Indochine, AOF, AEF, Madagascar, Pacifique
- Traite atlantique
- ≈1,4 million d'Africains sur des navires français
- Indemnité haïtienne (1825)
- 150 millions de francs-or (≈21 milliards $ de développement perdu)
- Algérie
- 1830 – 1962, ≈500 000 à 1 500 000 Algériens morts
- Franc CFA
- 1945 – aujourd'hui, 14 économies africaines
Phase un
Saint-Domingue et l'Atlantique, années 1660-1804
Dans les années 1780, Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti) était la colonie la plus rentable du monde. Son sucre et son café ont bâti les fortunes commerçantes de Bordeaux, Nantes, La Rochelle et Le Havre. Elle était exploitée par un demi-million d'Africains esclaves dans un régime de brutalité si explicite que la personne esclavisée moyenne sur une habitation sucrière survivait sept à dix ans.
En 1791, ils se sont soulevés. La déclaration d'indépendance haïtienne de 1804 est la seule révolution d'esclaves victorieuse de l'histoire. La France a répondu par la demande d'indemnité de 1825 et le long boycott[6].
“La République d'Haïti a été contrainte de payer la France pour être libre — à un prix qui a financé les chemins de fer français en faisant faillir les écoles haïtiennes.”
Phase deux
Algérie, Indochine, Afrique de l'Ouest, 1830-1962
Le Second Empire a été une autre architecture. L'Algérie a été traitée comme partie de la France elle-même (trois départements), avec un million de colons pieds-noirs et des Algériens autochtones qui devaient demander individuellement la citoyenneté française en renonçant au statut personnel musulman. L'Indochine (Vietnam, Laos, Cambodge) a été administrée par l'intermédiaire d'un pouvoir indirect et de concessions de riz et de caoutchouc. L'Afrique-Occidentale et l'Afrique-Équatoriale — les fédérations AOF et AEF — ont été le territoire du code de l'indigénat, du travail forcé et des concessions de la Compagnie Forestière Sangha-Oubangui, qui ont géré les économies du caoutchouc à peu près comme les agents de Léopold géraient celles du Congo.
La guerre d'Algérie de 1954-62 — la torture comme méthode officielle, le massacre de Paris de 1961, un million de personnes déplacées dans des camps de regroupement — a abouti à l'indépendance française du territoire mais non à la sortie française du reste de l'Afrique francophone. Pour l'étude approfondie, voir La France en Algérie.

Phase trois
Françafrique, 1960 – aujourd'hui
L'indépendance en 1960 a transféré la souveraineté politique sans transférer la souveraineté monétaire. Le franc CFA — Colonies françaises d'Afrique, rebaptisé Communauté financière africaine — a maintenu les économies d'Afrique de l'Ouest et centrale arrimées d'abord au franc puis à l'euro, avec des réserves longtemps détenues au Trésor français et des représentants français aux conseils des banques centrales[4].
La France a maintenu des bases militaires dans la région (Djibouti, Sénégal, Côte d'Ivoire, Gabon, Tchad) et est intervenue militairement dans d'anciennes colonies au moins trente fois entre 1960 et 2020. L'opération Serval au Mali (2013), l'opération Barkhane au Sahel (2014-2022) et la longue présence française en Côte d'Ivoire en sont des exemples récents. Les récents coups d'État sahéliens (Mali 2020, Burkina Faso 2022, Niger 2023) se sont présentés publiquement comme anti-Françafrique.
Aujourd'hui
Loi mémorielle, restitution, la dette haïtienne non réglée
La France a davantage légiféré sur le passé qu'elle ne l'a payé. La loi Taubira de 2001 reconnaît la traite atlantique comme crime contre l'humanité ; la loi de 2005 qui imposait brièvement aux écoles d'enseigner le « rôle positif » de la colonisation française a été abrogée après protestation. Le président Macron a commandé le rapport Sarr-Savoy de 2018 sur la restitution culturelle africaine, mais seuls 27 des quelque 90 000 objets d'Afrique subsaharienne conservés dans les collections publiques françaises ont été rendus à ce jour.
L'indemnité haïtienne reste la plus grosse ardoise. L'enquête « Ransom » du New York Times en 2022 a reconstitué un coût de développement perdu de 21 milliards de dollars ; la France n'a, à ce jour, reconnu qu'une dette morale et non financière. Sur l'Algérie, le rapport Stora de 2021 a rejeté à la fois les excuses et les réparations ; la reconnaissance, en 2018, de la responsabilité de l'État dans la mort de Maurice Audin reste l'aveu français le plus avancé.
Chronologie
Dates clés
1685
Le Code noir codifie l'esclavage dans les colonies des Caraïbes françaises.
1791
Début de la révolution de Saint-Domingue.
1804
Indépendance haïtienne proclamée.
1825
La France impose l'indemnité de 150 millions de francs à Haïti.
1830
La France envahit Alger.
1848
L'esclavage aboli dans les colonies françaises restantes.
1885
Conférence de Berlin — revendications françaises en Afrique formalisées.
1945
Création du franc CFA. Massacres de Sétif et Guelma en Algérie.
1954-62
Guerre d'indépendance algérienne.
1960
Année de l'indépendance africaine.
2019
La « reconnaissance » de Hollande en 2015 de la dette morale envers Haïti est réitérée ; Macron annonce des réformes partielles du CFA.
En bref
Qu’a fait l’empire colonial français ?
La France a dirigé le deuxième empire colonial de l’époque moderne — environ 12 millions de km² à son apogée des années 1920, de l’Algérie et de l’Afrique de l’Ouest à l’Indochine et aux Caraïbes. Sa prétention propre était l’assimilation : on disait aux colonisés qu’ils devenaient français tout en les gouvernant par un code juridique distinct, l’indigénat.
Le bilan comprend l’esclavage sucrier de Saint-Domingue, l’indemnité de 1825 qui a contraint Haïti indépendante à payer la France pour sa propre liberté, des centaines de milliers de morts algériennes entre 1954 et 1962, et le franc CFA, qui a maintenu des réserves monétaires africaines à Paris.
Le registre
L’extraction, par théâtre
| Théâtre | Mécanisme | Coût |
|---|---|---|
| Saint-Domingue / Haïti | Esclavage du sucre et du café, puis indemnité de 1825 | 150 millions de francs, payés jusqu’en 1947 |
| Algérie, 1830-1962 | Colonisation de peuplement, spoliation foncière, guerre | Des centaines de milliers de morts algériennes |
| Indochine, 1858-1954 | Riz, caoutchouc, monopole de l’opium | Famine du Tonkin de 1945 : ≈1 million de morts |
| Afrique de l’Ouest et centrale | Travail forcé, impôt de capitation, code de l’indigénat | Chemin de fer Congo-Océan : ≈17 000 morts |
| 1945 à nos jours | Franc CFA, pactes de défense, bases militaires | Réserves déposées à Paris jusqu’en 2019 |
Estimations savantes médianes ; sources ci-dessous.
Mécanisme
L’assimilation comme fiction juridique
La promesse républicaine voulait que les colonies fassent partie de la France. L’indigénat, formalisé à partir de 1881, disait l’inverse : les sujets coloniaux pouvaient être punis sans jugement, requis pour un travail non payé et privés des droits politiques des citoyens. L’Algérie était administrativement partie de la métropole, avec départements et préfets, et sa majorité musulmane devait renoncer au statut personnel musulman pour voter.
L’indemnité haïtienne de 1825 exprime cette logique avec le plus de netteté. La France envoie des navires de guerre exiger 150 millions de francs pour indemniser les esclavagistes de la perte de leur propriété — des êtres humains qui s’étaient libérés eux-mêmes. Haïti emprunte auprès de banques françaises pour payer et rembourse cette dette jusqu’en 1947.
Continuité
Ce qui a survécu au drapeau
Quatorze États africains ont utilisé le franc CFA, dont la France garantissait la convertibilité en échange du dépôt d’une large part de leurs réserves au Trésor français — dispositif clos pour le compte d’opérations de la zone ouest-africaine seulement en 2019. Accords de défense et bases permanentes ont perduré des décennies après les indépendances.
La France n’a reconnu la guerre d’Algérie comme une guerre qu’en 1999. Le rapport Stora de 2021 sur la mémoire coloniale a recommandé la reconnaissance sans excuses ni réparations ; l’État a admis sa responsabilité dans des assassinats précis, comme la mort de Maurice Audin en 1957, sans accepter de responsabilité systémique.
FAQ
Questions fréquentes
- Quelle était la taille de l’empire colonial français ?
- Environ 12 millions de km² à son apogée de l’entre-deux-guerres, pour quelque 110 millions d’habitants — le deuxième après l’empire britannique, de l’Afrique du Nord et de l’Ouest à Madagascar, l’Indochine, les Caraïbes, le Pacifique et les mandats du Proche-Orient.
- Pourquoi Haïti a-t-elle payé la France ?
- En 1825, la France envoie une escadre exiger 150 millions de francs pour indemniser les anciens esclavagistes de la perte de leur propriété. Haïti accepte sous menace d’invasion et de remise en esclavage, emprunte pour payer et rembourse cette dette jusqu’en 1947 — un transfert de richesse des affranchis vers leurs anciens propriétaires.
- Combien de morts dans la guerre d’Algérie ?
- Les estimations des morts algériennes entre 1954 et 1962 vont d’environ 300 000 au chiffre officiel algérien de 1,5 million. Les pertes militaires françaises s’élèvent à quelque 25 000. La torture et l’exécution sommaire ont été employées systématiquement, comme l’ont ensuite reconnu des officiers français.
- Qu’était l’indigénat ?
- Un corps de droit colonial, formalisé à partir de 1881, créant un statut juridique distinct et inférieur pour les sujets coloniaux : punition sans jugement, obligations de travail forcé, circulation restreinte et exclusion des droits de citoyenneté, tout en appartenant nominalement à la France.
- Le franc CFA est-il colonial ?
- Créé en 1945 comme franc des colonies françaises, il obligeait jusqu’en 2019 les États membres à déposer une large part de leurs réserves de change au Trésor français. Réformé depuis, ses mécanismes de parité et de garantie restent contestés comme survivance d’un contrôle monétaire colonial.




