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Que s’est-il passé pendant la révolte des Mau Mau au Kenya ?

De 1952 à 1960, la révolte des Mau Mau opposa la guérilla anticoloniale à un système britannique de camps, déplacements et répression.

Que s’est-il passé pendant la révolte des Mau Mau au Kenya ?
Wikimedia Commons / Wikipedia — Mau Mau rebellion

Réponse courte

Au moins 11 000 combattants Mau Mau furent tués entre 1952 et 1960, selon les chiffres officiels britanniques, pendant une guerre anticoloniale menée surtout par des Kikuyu contre la domination britannique au Kenya. L’état d’urgence entraîna pendaisons, torture, camps de détention et déplacement forcé de plus d’un million de personnes; les insurgés tuèrent aussi environ 1 800 civils africains et 32 civils européens.

À retenir

  • La révolte Mau Mau opposa, de 1952 à 1960, une guérilla anticoloniale principalement kikuyu aux forces britanniques et à leurs auxiliaires kényans.
  • Le bilan colonial officiel publié en 1960 comptait 11 503 Mau Mau tués, mais des estimations ultérieures de mortalité sont nettement supérieures.
  • Entre 1954 et 1955, environ 1,05 million de Kikuyu, Embu et Meru furent déplacés dans quelque 800 villages clôturés.
  • David Anderson a recensé en 2005 exactement 1 090 pendaisons coloniales entre 1952 et 1956, auxquelles s’ajoutèrent morts au combat et détention.
  • En 2013, Londres versa 19,9 millions de livres à 5 228 survivants, tout en refusant une admission générale de responsabilité juridique.

La réponse courte : une insurrection foncière devenue guerre coloniale

Le soulèvement naquit de la dépossession des terres kikuyu au profit des colons européens, du travail contraint, des bas salaires et de l’exclusion politique imposée par l’Empire britannique. La Kenya Land and Freedom Army (KLFA), appelée « Mau Mau » par ses adversaires, regroupait principalement des Kikuyu, Embu et Meru, avec certains combattants kamba et maasaï.

Après l’assassinat du chef loyaliste Waruhiu wa Kungu le 7 octobre 1952, le gouverneur Evelyn Baring proclama l’état d’urgence le 20 octobre 1952. L’opération Jock Scott fit arrêter Jomo Kenyatta et plus de 100 dirigeants nationalistes en 1952, bien que le rôle opérationnel de Kenyatta dans la guérilla n’ait jamais été établi.

La KLFA combattit dans les forêts d’Aberdare et du mont Kenya sous des chefs tels que Dedan Kimathi et Stanley Mathenge. Face à elle se trouvaient l’armée britannique, la Royal Air Force, le Kenya Regiment, les King’s African Rifles, la police et environ 25 000 membres de la Home Guard en 1954, selon l’historien David Anderson.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser passer la nécessité absolue d’une enquête complète et impartiale sur les accusations de mauvais traitements. » — Barbara Castle, députée britannique, déclaration parlementaire sur le camp de Hola, 1959, Hansard.

L’armée brisa largement la guérilla en 1956, année de la capture de Kimathi, mais l’état d’urgence resta officiellement en vigueur jusqu’au 12 janvier 1960. Le Kenya devint indépendant le 12 décembre 1963.

La répression : camps, villages clôturés, torture et exécutions

La contre-insurrection ne se limita pas aux combats. L’opération Anvil boucla Nairobi le 24 avril 1954 : environ 50 000 Africains furent contrôlés en 1954, et des dizaines de milliers de Kikuyu furent expulsés ou internés. Le système de « Pipeline » classait les détenus selon leur coopération supposée et les soumettait au travail forcé, aux interrogatoires et à une discipline violente.

Entre 1954 et 1955, l’administration regroupa environ 1,05 million de Kikuyu, Embu et Meru dans quelque 800 villages clôturés, d’après Caroline Elkins; David Anderson retient lui aussi un ordre de grandeur supérieur à 1 million. Ces sites étaient officiellement présentés comme protecteurs, mais furent entourés de barbelés, gardés et soumis à couvre-feu.

Le 3 mars 1959, au camp de Hola, des gardiens battirent à mort 11 détenus et en blessèrent 77, selon le rapport colonial rendu public en 1959. L’administration avait d’abord attribué les décès à de l’eau contaminée; les autopsies établirent qu’ils résultaient de violences. Ce mensonge accéléra la condamnation publique des atrocités coloniales.

Au moins 1 090 condamnés furent pendus entre 1952 et 1956, selon Anderson, davantage que le total des exécutions britanniques lors des urgences en Palestine, en Malaisie, à Chypre et à Aden réunies. Dedan Kimathi fut capturé le 21 octobre 1956 puis pendu à la prison de Kamiti le 18 février 1957.

Combien de personnes furent tuées ou détenues ?

Le bilan dépend de ce que l’on compte : combattants abattus, civils morts, détenus disparus ou mortalité indirecte dans les camps et villages. Les registres officiels sont incomplets, et l’administration britannique détruisit ou emporta des archives avant l’indépendance.

Source Publication Estimation ou chiffre
Gouvernement colonial britannique 1960 11 503 Mau Mau tués, environ 1 800 civils africains et 32 civils européens tués
David Anderson, Histories of the Hanged 2005 1 090 pendaisons entre 1952 et 1956; mortalité insurgée probablement supérieure au chiffre officiel
Caroline Elkins, Imperial Reckoning 2005 jusqu’à 100 000 à 300 000 Kikuyu morts entre 1952 et 1960, estimation démographique contestée
Commission kényane des droits humains 2011 environ 90 000 Kényans tués, blessés ou mutilés entre 1952 et 1960
Gouvernement britannique règlement de 2013 5 228 survivants indemnisés à hauteur de 19,9 millions de livres

Comparaison de trois chiffres concernant la répression Mau MauBarres logarithmiques visuelles : 1 090 pendaisons, 11 503 Mau Mau officiellement tués et borne haute de 300 000 morts estimée par Caroline Elkins.Pendaisons, Anderson 20051 090Tués officiels, 196011 503Borne haute, Elkins 2005300 000Longueur indicative sur échelle logarithmique; valeurs imprimées exactes.

Le bilan minimal solidement documenté comprend 11 503 insurgés officiellement tués en 1960 et 1 090 pendaisons recensées en 2005; il ne mesure pas toute la mortalité carcérale, rurale et clandestine.

Pourquoi les estimations sont-elles disputées ?

Caroline Elkins a extrapolé en 2005 à partir des recensements, des témoignages et des lacunes archivistiques une surmortalité pouvant atteindre 300 000 personnes entre 1952 et 1960. Des historiens, notamment Bethwell Ogot et David Anderson, ont jugé cette borne insuffisamment démontrée : migrations non enregistrées, recensements coloniaux fragiles et impossibilité d’attribuer chaque disparition à la répression.

Cette critique méthodologique n’innocente pas le régime colonial. Anderson a établi en 2005, à partir des dossiers judiciaires, le recours massif aux procès capitaux et aux exécutions. Huw Bennett a montré en 2012 que l’armée britannique connaissait et encadrait des pratiques coercitives illégales. Les archives dites « migrées », révélées pendant le procès intenté à Londres par des survivants en 2011, comprenaient environ 8 800 dossiers provenant de 37 anciennes colonies, conservés secrètement à Hanslope Park.

Le gouvernement britannique ne reconnut pas juridiquement une responsabilité générale. Le 6 juin 2013, le ministre William Hague exprima ses « sincères regrets » pour les abus et annonça 19,9 millions de livres destinées à 5 228 plaignants, soit environ 3 800 livres par personne avant frais et modalités de distribution. Londres soutint néanmoins que la responsabilité juridique avait été transmise au Kenya indépendant.

La controverse porte donc sur l’ampleur totale, non sur l’existence des atrocités. Des milliers de dépositions, les archives britanniques et le règlement de 2013 établissent torture, détention arbitraire et travail forcé.

Ce qui suivit : indépendance, mémoire et responsabilité

La défaite militaire de la KLFA ne rétablit pas durablement l’ordre colonial. À partir de 1960, Londres accéléra la transition constitutionnelle; Jomo Kenyatta fut libéré le 21 août 1961, devint Premier ministre le 1er juin 1963, puis président lors de la proclamation de la république le 12 décembre 1964.

L’indépendance ne signifia pas une restitution générale des terres. Le programme de transfert foncier financé par Londres, notamment le plan « Million Acre » lancé en 1962, reposait sur l’achat et favorisa des propriétaires capables de payer. Des vétérans Mau Mau restèrent pauvres ou sans terre, tandis que l’État de Kenyatta conserva plusieurs lois, institutions policières et hiérarchies de l’ancien Empire britannique.

Le mouvement demeura interdit jusqu’en 2003. Le règlement britannique de 2013 finança aussi un mémorial à Nairobi, inauguré le 12 septembre 2015. Il constitua une reconnaissance importante, mais pas des réparations proportionnées à l’ensemble des victimes ni une admission judiciaire complète.

L’histoire Mau Mau montre qu’une victoire militaire coloniale peut accélérer une défaite politique. Elle oblige aussi à distinguer les violences insurgées — dont le massacre de Lari, qui fit environ 74 morts dans la nuit du 26 mars 1953, selon Anderson — de la violence institutionnelle d’un État disposant de lois d’exception, de prisons, d’avions et d’un réseau national de camps.

Sources et lectures complémentaires

Questions fréquentes

Pourquoi les Mau Mau se sont-ils révoltés au Kenya ?
La révolte déclenchée en 1952 répondait à la confiscation de terres kikuyu par les colons britanniques, au travail contraint, aux bas salaires et à l’exclusion politique. La Kenya Land and Freedom Army, surtout kikuyu, embu et meru, revendiquait la terre et la liberté. Ces causes s’étaient accumulées depuis l’établissement du protectorat britannique en 1895.
Combien de personnes sont mortes pendant la révolte Mau Mau ?
Le bilan colonial publié en 1960 comptait 11 503 Mau Mau, environ 1 800 civils africains et 32 civils européens tués. Caroline Elkins proposa en 2005 une fourchette contestée de 100 000 à 300 000 morts kikuyu. Les archives incomplètes empêchent un total définitif, mais les chiffres officiels sous-estiment probablement la mortalité carcérale et rurale.
Les Britanniques ont-ils utilisé des camps de concentration au Kenya ?
Entre 1952 et 1960, l’administration britannique exploita un réseau de camps de détention appelé « Pipeline » et déplaça environ 1,05 million de personnes dans quelque 800 villages clôturés entre 1954 et 1955. Les archives et témoignages documentent travail forcé, famine, coups, torture et violences sexuelles. Le vocabulaire varie, mais l’internement massif et coercitif est établi.
Qui était Dedan Kimathi ?
Dedan Kimathi était un dirigeant de la Kenya Land and Freedom Army opérant dans les forêts d’Aberdare. Capturé par la police coloniale le 21 octobre 1956, il fut jugé pour possession d’une arme à feu et pendu à la prison de Kamiti le 18 février 1957. Il est devenu une figure majeure de la résistance anticoloniale kényane.
Le Royaume-Uni a-t-il indemnisé les victimes Mau Mau ?
Oui, mais seulement un groupe limité. Le 6 juin 2013, William Hague annonça 19,9 millions de livres pour 5 228 survivants kényans ayant dénoncé torture et mauvais traitements. Le gouvernement exprima ses sincères regrets et finança un mémorial inauguré en 2015, sans reconnaître une responsabilité juridique générale envers toutes les victimes de l’état d’urgence.

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