UNSILENCED.

Combien de personnes furent prises dans la traite atlantique ?

Environ 12,5 millions d’Africains furent embarqués dans la traite atlantique entre 1501 et 1866; 10,7 millions survécurent jusqu’aux Amériques.

Combien de personnes furent prises dans la traite atlantique ?
Wikimedia Commons / Wikipedia — Atlantic slave trade

Réponse courte

Environ 12,5 millions d’Africains furent embarqués de force sur des navires négriers à destination des Amériques entre 1501 et 1866; près de 10,7 millions y débarquèrent vivants. Selon la base SlaveVoyages, environ 1,8 million moururent pendant la traversée ou avant le débarquement. Le nombre total de personnes capturées demeure supérieur, sans pouvoir être établi précisément.

À retenir

  • Environ 12,5 millions d’Africains furent embarqués de force vers les Amériques entre 1501 et 1866, selon SlaveVoyages en 2019.
  • Près de 10,7 millions arrivèrent vivants; environ 1,8 million moururent entre l’embarquement et le débarquement.
  • Le total des personnes capturées fut supérieur à 12,5 millions, mais les morts avant embarquement ne sont pas dénombrables précisément.
  • Les estimations savantes passèrent de 9,57 millions chez Curtin en 1969 à 12,52 millions dans SlaveVoyages en 2019.
  • Le Brésil reçut environ 5,85 millions de survivants, davantage que toute autre région américaine, selon SlaveVoyages en 2019.

La réponse courte, et ce que les nombres désignent

L’estimation de référence publiée par SlaveVoyages en 2019 est de 12 521 337 personnes embarquées en Afrique entre 1501 et 1866, dont 10 702 656 débarquées vivantes. L’écart — 1 818 681 personnes, soit environ 14,5 % des embarqués selon ces données de 2019 — mesure les morts survenues entre l’embarquement et le débarquement, ainsi que certains écarts documentaires. Il ne couvre pas toutes les morts provoquées par les guerres de capture, les razzias, les marches forcées vers la côte, l’internement dans les forts et barracons, ni la période dite d’« assaisonnement » aux Amériques.

Il faut donc distinguer trois populations : les personnes capturées ou déplacées vers la côte, impossibles à compter complètement; celles embarquées, qui fondent l’estimation de 12,5 millions en 2019; et celles débarquées vivantes, environ 10,7 millions en 2019. La traite fut organisée par des marchands, compagnies, armateurs et États européens et américains, avec des intermédiaires et pouvoirs africains, du XVIe au XIXe siècle.

Pour replacer ces chiffres dans la chronologie coloniale, voir Histoire, Atrocités et le portail Données.

Comment l’estimation a été construite

La base collaborative Trans-Atlantic Slave Trade Database, aujourd’hui SlaveVoyages, reconstitue les expéditions à partir de registres portuaires, douaniers et fiscaux, journaux de bord, rôles d’équipage, assurances, actes judiciaires et correspondances commerciales. Sa version publiée en 1999 par David Eltis, Stephen D. Behrendt, David Richardson et Herbert S. Klein recensait environ 27 233 voyages; l’édition en ligne de 2019 documentait plus de 36 000 voyages transatlantiques. Les responsables extrapolent les cargaisons des voyages absents à partir des routes, pavillons, ports et périodes comparables.

Source ou estimation Date de publication Embarqués d’Afrique Débarqués vivants Portée
Philip D. Curtin, The Atlantic Slave Trade: A Census 1969 9,57 millions 8,74 millions Reconstruction statistique, 1451–1870
Eltis et coauteurs, CD-ROM TASTD 1999 11,06 millions 9,60 millions Voyages transatlantiques, 1519–1867
SlaveVoyages, estimations 2019 12 521 337 10 702 656 Voyages transatlantiques, 1501–1866

Estimations des Africains embarqués dans la traite atlantiqueCurtin estime 9,57 millions en 1969; la base de 1999, 11,06 millions; SlaveVoyages, 12,52 millions en 2019.Africains embarqués, en millionsCurtin, 19699,57TASTD, 199911,06SlaveVoyages, 201912,52013 M

« The shrieks of the women, and the groans of the dying, rendered the whole a scene of horror almost inconceivable. » — Olaudah Equiano, 1789, The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano.

Ce témoignage ne produit pas un dénombrement; il documente la violence que les colonnes comptables des négriers transformaient en pertes commerciales.

Pourquoi les estimations varient

Les estimations ont augmenté à mesure que de nouvelles archives ont été dépouillées et que les voyages non documentés ont été modélisés. Philip D. Curtin bouleversa le débat en 1969 : son estimation d’environ 9,57 millions embarqués entre 1451 et 1870 remplaçait des affirmations antérieures souvent comprises entre 15 et 20 millions, insuffisamment étayées. La base dirigée par Eltis et ses collègues porta l’estimation à environ 11,06 millions en 1999, puis SlaveVoyages à 12,52 millions en 2019.

Ces résultats ne sont pas parfaitement superposables : Curtin couvre 1451–1870, l’édition de 1999 environ 1519–1867, et l’estimation de 2019 1501–1866. Les archives sont particulièrement lacunaires pour les débuts portugais, la contrebande après les interdictions et les petits ports. Des captifs mouraient avant d’être inscrits sur un manifeste; d’autres furent débarqués clandestinement.

Le consensus documentaire actuel est donc une fourchette d’environ 12 à 12,5 millions d’embarqués, consolidée entre les travaux d’Herbert S. Klein en 2010 et les estimations SlaveVoyages de 2019, plutôt qu’un compte exact à l’unité.

Le total dépasse 15 millions seulement si l’on ajoute des catégories distinctes — morts lors des captures, marches et détentions africaines — pour lesquelles aucun registre complet n’existe. Les additionner peut être historiquement justifié, mais les présenter comme un décompte observé serait trompeur.

Qui conteste ces chiffres, et pour quelles raisons

La controverse savante ne porte plus principalement sur l’existence d’une déportation de masse, mais sur les données manquantes et les catégories. Paul E. Lovejoy estimait en 1982 qu’environ 11,7 millions de personnes avaient quitté l’Afrique par l’Atlantique entre 1450 et 1900, chiffre plus élevé que celui de Curtin en 1969. Joseph E. Inikori a soutenu dès les années 1970 que Curtin sous-évaluait notamment les trafics britanniques et clandestins. Les révisions ultérieures lui ont partiellement donné raison en relevant le total documenté.

D’autres contestations sont politiques plutôt que méthodologiques. Les apologistes de l’esclavage invoquent la participation de vendeurs africains pour diluer la responsabilité des puissances atlantiques. Or l’achat local n’abolit ni la demande, ni le financement, ni le transport océanique, ni les lois esclavagistes établies par le Portugal, la Grande-Bretagne, la France, l’Espagne, les Pays-Bas, le Brésil et les États-Unis. Les Européens pratiquèrent aussi des enlèvements directs, même si l’achat auprès d’intermédiaires africains fut le mécanisme dominant durant une grande partie de la traite.

À l’inverse, employer 30 millions, 50 millions ou 100 millions comme nombre d’Africains effectivement embarqués n’est soutenu par aucune reconstruction archivistique majeure publiée jusqu’en 2026. Ces nombres peuvent confondre déportés, morts indirects, descendants asservis et ensemble des traites africaines. Refuser leur usage ne minimise pas le crime : cela empêche que ses responsables se retranchent derrière des chiffres invérifiables.

Ce qui découle du bilan

Le chiffre de 10,7 millions de survivants débarqués entre 1501 et 1866, établi par SlaveVoyages en 2019, n’est pas le nombre total de personnes asservies dans les Amériques. La reproduction forcée et l’hérédité juridique de l’esclavage produisirent des générations supplémentaires. Aux États-Unis, le recensement fédéral de 1860 compta 3 953 760 personnes réduites en esclavage, alors que moins de 400 000 Africains y avaient été importés directement selon les synthèses issues de SlaveVoyages en 2019.

La destination majeure ne fut pas l’Amérique du Nord britannique. Selon les estimations SlaveVoyages de 2019, environ 5,85 millions de captifs débarquèrent au Brésil et environ 4,86 millions dans les Caraïbes, contre environ 389 000 en Amérique du Nord continentale. Ces distributions expliquent l’ampleur démographique de la diaspora africaine au Brésil et dans les Caraïbes, tout en révélant la mortalité et la destruction familiale propres à chaque régime esclavagiste.

Les comptes établissent aussi des responsabilités matérielles : navires, ports, assureurs, planteurs, négociants, monarchies et républiques tirèrent profit du travail forcé. L’abolition britannique de la traite en 1807, son interdiction américaine effective en 1808 et la loi brésilienne Eusébio de Queirós de 1850 n’y mirent pas immédiatement fin; les débarquements clandestins se poursuivirent jusqu’aux années 1860. Chiffrer sert ainsi les recherches sur les réparations, les patrimoines institutionnels et les héritages contemporains présentés dans Données et Atrocités.

Sources et lectures complémentaires

Questions fréquentes

Combien d’Africains furent embarqués pendant la traite transatlantique ?
La base SlaveVoyages estimait en 2019 que 12 521 337 Africains furent embarqués entre 1501 et 1866. Ce chiffre reconstruit les voyages documentés et ceux qui manquent aux archives. Il ne comprend pas toutes les personnes mortes lors des razzias, guerres, marches vers la côte ou détentions précédant l’embarquement.
Combien moururent pendant la traversée de l’Atlantique ?
D’après les estimations SlaveVoyages publiées en 2019, 12 521 337 personnes furent embarquées et 10 702 656 débarquées vivantes entre 1501 et 1866. L’écart atteint 1 818 681 personnes, soit environ 14,5 %. Il représente principalement les morts pendant la traversée et avant le débarquement, avec une marge liée aux lacunes documentaires.
Pourquoi parle-t-on parfois de 15 à 20 millions de victimes ?
Les chiffres de 15 à 20 millions peuvent inclure les personnes mortes pendant les captures, marches forcées et détentions africaines, en plus des 12,52 millions embarquées estimées par SlaveVoyages en 2019. Philip D. Curtin avait proposé 9,57 millions d’embarqués en 1969; l’ouverture d’archives porta progressivement l’estimation de référence au-dessus de 12 millions.
Quel pays reçut le plus d’Africains réduits en esclavage ?
Le Brésil fut la principale destination. Les estimations SlaveVoyages de 2019 lui attribuent environ 5,85 millions de captifs débarqués vivants entre 1501 et 1866. Les Caraïbes en reçurent environ 4,86 millions, tandis que l’Amérique du Nord continentale en reçut environ 389 000. Ces nombres concernent les arrivées directes, non leurs descendants.
Qui a produit l’estimation de 12,5 millions ?
L’estimation vient de SlaveVoyages, base collaborative issue du Trans-Atlantic Slave Trade Database lancé par David Eltis, Stephen D. Behrendt, David Richardson et Herbert S. Klein en 1999. Après l’intégration de nouvelles archives et l’extrapolation des voyages manquants, sa version de 2019 estimait 12 521 337 embarqués et 10 702 656 débarqués entre 1501 et 1866.

Chapitres liés

Questions

Tous les pôles

Sources et lectures

CC BY 4.0 ·

#traite-atlantique#esclavage#passage-du-milieu#histoire-coloniale#donnees-historiques#slavery#atlantic#death-toll