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Les camps de concentration britanniques de la guerre des Boers

Histoire documentée des camps britanniques en Afrique du Sud : politique de terre brûlée, mortalité boer et africaine, responsabilités et mémoire.

Pendant la seconde guerre des Boers (1899–1902), l’Empire britannique enferma des civils boers et des dizaines de milliers d’Africains noirs dans des réseaux de camps séparés. Présenté comme une mesure de « protection », cet internement appuyait une politique de terre brûlée destinée à priver les commandos boers de nourriture, d’abris et de renseignements.

La sous-alimentation, la promiscuité, l’insuffisance des soins et les épidémies tuèrent au moins 27 927 Boers — surtout des enfants — selon le décompte officiel britannique publié après-guerre. Le bilan africain demeure incomplet : les registres coloniaux recensent au moins 14 154 morts dans les camps noirs, tandis que l’historien Peter Warwick estima en 1983 qu’environ 20 000 Africains y périrent. Cette histoire appartient à celle des atrocités coloniales, pas à une simple chronique humanitaire.

À retenir

  • L’armée britannique utilisa les camps de 1900 à 1902 pour soutenir une politique de terre brûlée contre la guérilla boer.
  • Le décompte officiel recense 27 927 morts boers, dont 22 074 enfants de moins de 16 ans, pendant la guerre de 1899–1902.
  • Les archives enregistrent au moins 14 154 décès africains ; Peter Warwick estima en 1983 le bilan réel à environ 20 000.
  • Emily Hobhouse révéla les conditions des camps en 1901, puis la Commission Fawcett confirma la crise sanitaire et imposa des réformes.
  • La mémoire afrikaner a longtemps placé les victimes blanches au centre tout en marginalisant les internés africains et leurs morts.

Ce qui s’est passé : de la guerre mobile à l’internement

La guerre opposa, du 11 octobre 1899 au 31 mai 1902, l’Empire britannique aux républiques boers du Transvaal et de l’État libre d’Orange. Après l’occupation britannique de leurs capitales en 1900, les commandos poursuivirent une guérilla. Le commandant en chef Lord Kitchener systématisa alors la destruction des fermes, des récoltes et du bétail, ainsi qu’un quadrillage de blockhaus et de barbelés.

Les autorités déplacèrent les familles boers vers des camps de « réfugiés », devenus camps de concentration. Elles établirent parallèlement des camps noirs, utilisés aussi comme réservoirs de travailleurs, d’éclaireurs et de gardiens de bétail. Les premiers camps apparurent en 1900 ; leur expansion culmina en 1901.

Date Décision ou événement Effet documenté
Septembre 1900 Lord Roberts autorise l’incendie de fermes en représailles Extension des destructions rurales en 1900
Novembre 1900 Kitchener prend le commandement britannique Généralisation de la terre brûlée en 1901
Juin 1901 Emily Hobhouse publie son rapport Exposition publique de la faim et des maladies
Août–décembre 1901 Commission Fawcett inspecte les camps blancs Réformes sanitaires et alimentaires à partir de 1901
31 mai 1902 Traité de Vereeniging Fin de la guerre et fermeture progressive des camps en 1902

« To keep these Camps going is murder to the children. » — Emily Hobhouse, lettre de 1901, citée dans The Brunt of the War and Where It Fell (1902).

Pour replacer cette politique dans le temps long impérial, voir notre histoire du colonialisme.

Le mécanisme : terre brûlée, ségrégation et travail contraint

L’internement n’était pas un accident périphérique. Il formait un dispositif contre-insurrectionnel : détruire l’économie rurale, déplacer les non-combattants, contrôler les approvisionnements et isoler les guérilleros. Les autorités classaient les familles boers selon la loyauté supposée ; les proches des combattants recevaient parfois des rations inférieures à celles des « réfugiés volontaires ».

  1. En 1900–1901, les colonnes britanniques brûlèrent des exploitations et saisirent ou abattirent le bétail.
  2. Les civils expulsés furent transportés vers des camps souvent implantés sans eau potable ni assainissement adéquat.
  3. En 1901, la rougeole, la typhoïde et la dysenterie se propagèrent dans des tentes surpeuplées.
  4. Les Africains noirs furent séparés, moins ravitaillés et fréquemment requis pour travailler au service de l’armée britannique.
  5. Après le rapport Fawcett de 1901, l’amélioration des rations, de l’hygiène et des soins fit reculer la mortalité.

Le terme « camp de réfugiés » décrivait la catégorie administrative britannique ; il ne change rien au caractère forcé de nombreux déplacements ni à leur fonction militaire.

Les chiffres : internement et mortalité

Les archives ne permettent pas un total parfaitement symétrique : l’administration enregistra mieux les décès boers que les décès africains. Le bilan doit donc distinguer décompte officiel, minimum documentaire et estimation historienne.

Population internée Effectif maximal ou total, année et source Décès, année du calcul et source
Boers blancs Environ 115 000 personnes dans les camps en 1901, statistiques britanniques 27 927 morts sur 1900–1902, décompte officiel britannique ; 22 074 avaient moins de 16 ans
Africains noirs Plus de 115 000 personnes dans les camps en 1901–1902, dossiers coloniaux étudiés par Peter Warwick Au moins 14 154 morts enregistrés sur 1901–1902 ; environ 20 000 selon l’estimation de Warwick publiée en 1983
Ensemble Plus de 230 000 internés au pic de 1901, ordre de grandeur combiné 42 081 décès documentés ; environ 47 927 si l’on retient l’estimation africaine de Warwick de 1983

La mortalité boer culmina à 34,4 décès pour 1 000 internés en octobre 1901 selon les statistiques officielles, soit un taux mensuel annualisé catastrophique. Parmi les morts boers officiellement recensés après 1902, environ 79 % étaient des enfants de moins de 16 ans : 22 074 sur 27 927.

Décès dans les camps britanniques, 1900 à 1902Barres comparant 27 927 décès boers officiels, 14 154 décès africains enregistrés et l’estimation de 20 000 décès africains par Peter Warwick.Boers, officiel27 927Africains, registres14 154Africains, Warwick≈20 000Décès, 1900–1902 ; estimation Warwick publiée en 1983

Les séries et leurs limites sont regroupées dans notre portail Données.

Qui en profita, qui résista

La concentration civile servit d’abord l’État impérial : elle réduisit la capacité des commandos à vivre sur le terrain et facilita l’annexion du Transvaal et de l’État libre d’Orange. La guerre coûta au Trésor britannique environ 200 millions de livres sterling aux prix de 1902, selon les comptes parlementaires ; elle ne fut donc pas une opération immédiatement rentable.

À plus long terme, la victoire sécurisa l’ordre colonial autour des mines d’or du Witwatersrand, alors au cœur de l’économie mondiale. Les compagnies minières — notamment Consolidated Gold Fields et les groupes de la Randlords — bénéficièrent de la reprise de la production et d’un État favorable à une main-d’œuvre noire contrôlée. Le traité de Vereeniging de 1902 reporta la question des droits politiques africains, préparant un compromis entre élites britanniques et boers aux dépens de la majorité noire.

Faits essentiels

  • La politique fut conduite sous Lord Roberts en 1900, puis systématisée par Lord Kitchener en 1901.
  • Emily Hobhouse visita plusieurs camps en 1901 et força le gouvernement britannique à répondre publiquement.
  • La Commission Fawcett, composée de femmes et nommée en juillet 1901, confirma l’urgence sanitaire.
  • Des commandos boers résistèrent jusqu’au traité du 31 mai 1902, malgré la destruction de leur base rurale.
  • Des Africains servirent, résistèrent, renseignèrent et travaillèrent des deux côtés, sans obtenir l’égalité politique promise ou espérée.

Hobhouse ne dénonça pas avec la même force les camps africains : cette asymétrie rappelle que la réforme humanitaire britannique restait enfermée dans la hiérarchie raciale de 1901.

Déni, mémoire et signification actuelle

Après 1902, le nationalisme afrikaner fit des femmes et enfants boers morts dans les camps des martyrs fondateurs. Le Women’s Monument de Bloemfontein, inauguré en 1913, fixa cette mémoire blanche. Elle pouvait dénoncer une violence impériale réelle tout en effaçant les internés noirs et, plus tard, en servant un récit politique qui ne remettait pas en cause la domination raciale afrikaner.

En Grande-Bretagne, l’expression « camps de concentration » est parfois relativisée au motif qu’il ne s’agissait pas de centres d’extermination. La distinction avec les camps nazis est historiquement nécessaire ; elle ne disculpe pas le système britannique. Il n’existait pas de programme d’assassinat industriel, mais les autorités avaient créé, administré et prolongé des conditions dont la létalité massive était connue dès le rapport Hobhouse de juin 1901.

Cette histoire montre comment un État libéral peut combiner vocabulaire protecteur, déplacement forcé, rationnement punitif et tri racial. Elle éclaire les généalogies modernes de la contre-insurrection et complète les dossiers de l’archive sur les atrocités impériales.

Les leçons centrales sont les suivantes : la mortalité n’a pas besoin d’être l’objectif déclaré pour engager la responsabilité de l’État ; des archives inégales produisent des victimes inégalement visibles ; et la mémoire des victimes blanches peut coexister avec l’effacement de victimes noires plus mal documentées.

Sources et lectures complémentaires

Questions fréquentes

Combien de personnes sont mortes dans les camps britanniques de la guerre des Boers ?
Le décompte officiel établi après la guerre de 1899–1902 recense 27 927 morts boers, dont 22 074 enfants de moins de 16 ans. Les registres britanniques consignent au moins 14 154 décès africains. En 1983, l’historien Peter Warwick estima le bilan africain à environ 20 000, portant le total probable à près de 47 927 morts.
Pourquoi les Britanniques ont-ils créé des camps de concentration en Afrique du Sud ?
À partir de 1900, puis systématiquement sous Lord Kitchener en 1901, l’armée britannique voulut couper les commandos boers de leurs familles, de leurs vivres et de leurs renseignements. Elle brûla fermes et récoltes, saisit le bétail et interna les civils. Des camps distincts enfermèrent les Boers blancs et les Africains noirs, ces derniers étant aussi mobilisés comme travailleurs.
Les camps britanniques étaient-ils des camps d’extermination ?
Non : entre 1900 et 1902, ils ne poursuivaient pas un programme d’extermination industrielle comparable à celui de l’Allemagne nazie. Ils constituaient néanmoins un système coercitif de déplacement et d’internement. Les mauvaises rations, l’eau contaminée, la promiscuité et les épidémies provoquèrent au moins 42 081 décès documentés, malgré des avertissements publics dès le rapport d’Emily Hobhouse de juin 1901.
Quel rôle Emily Hobhouse a-t-elle joué dans les camps boers ?
La réformatrice britannique Emily Hobhouse visita les camps de l’État libre d’Orange et du Cap au début de 1901. Son rapport de juin 1901 décrivit la faim, les maladies et la mortalité infantile. Le gouvernement nomma ensuite, en juillet 1901, la Commission Fawcett. Ses recommandations améliorèrent l’hygiène, les rations et les soins, mais portèrent principalement sur les camps boers blancs.
Les Africains noirs furent-ils internés pendant la guerre des Boers ?
Oui. Plus de 115 000 Africains noirs passèrent par des camps séparés en 1901–1902, selon les dossiers coloniaux étudiés notamment par Peter Warwick. Ils reçurent souvent moins de nourriture et furent requis comme travailleurs. Les registres recensent au moins 14 154 morts ; Warwick proposa en 1983 une estimation d’environ 20 000, car l’enregistrement administratif était incomplet.

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