La Nakba : expulsion et dépossession des Palestiniens en 1948
Référence sur la Nakba de 1948 : expulsions palestiniennes, massacres, villages détruits, biens saisis, réfugiés, mémoire et droit au retour.

La Nakba (« catastrophe » en arabe) désigne la destruction de la société palestinienne en 1947–1949 : quelque 750 000 Palestiniens, selon l’ONU en 1950, furent expulsés ou contraints de fuir; plusieurs milliers furent tués; plus de 400 localités palestiniennes furent dépeuplées ou détruites; terres, maisons et entreprises furent saisies. Cette rupture accompagna la guerre, l’établissement d’Israël le 14 mai 1948 et l’interdiction durable du retour.
La Nakba ne fut pas un simple effet secondaire de combats entre armées. Des opérations militaires, expulsions directes, massacres, bombardements, guerre psychologique et destructions rendirent l’exode massif puis irréversible. Ce dossier relie les faits aux chronologies de l’histoire coloniale, au catalogue des atrocités documentées et aux données de l’archive.
À retenir
- La Nakba expulsa ou força à la fuite environ 700 000 à 800 000 Palestiniens pendant la guerre de 1947–1949.
- Walid Khalidi recensait en 1992 exactement 418 localités palestiniennes dépeuplées, dont beaucoup furent détruites ou réaffectées après 1948.
- Les lois israéliennes de 1950 transformèrent l’expulsion militaire en dépossession durable de terres, maisons, commerces, vergers et autres biens palestiniens.
- La résolution 194 de l’ONU, adoptée en 1948, affirma le principe du retour des réfugiés souhaitant vivre en paix ou de leur indemnisation.
- En 2023, environ 5,9 millions de réfugiés palestiniens étaient enregistrés auprès de l’UNRWA, principalement au Proche-Orient.
Ce qui s’est passé : guerre, expulsion et destruction sociale
Après le vote du plan de partage de l’ONU, le 29 novembre 1947, la guerre civile opposa forces sionistes et Palestiniens arabes. Dès décembre 1947, des communautés furent vidées. Le Plan Dalet, adopté par la Haganah le 10 mars 1948, encadra la prise de secteurs attribués au futur État juif et d’axes stratégiques; ses ordres autorisaient la destruction de villages et l’expulsion de leurs habitants en cas de résistance.
Après la proclamation d’Israël, le 14 mai 1948, les armées arabes entrèrent en guerre le 15 mai 1948. La Haganah devenue armée israélienne, l’Irgoun et le Lehi conquirent des villes et campagnes palestiniennes. Haïfa tomba le 22 avril 1948; Jaffa capitula le 13 mai; environ 50 000 à 70 000 habitants de Lydda et Ramla, selon l’historien Benny Morris, furent expulsés en juillet 1948.
« Il faut expulser les habitants rapidement, sans considération d’âge. » — Yitzhak Rabin, récit de l’opération Dani de 1948, passage censuré de ses mémoires Pinkas Sherut (1979), publié par The New York Times en 1979.
| Date | Événement | Donnée concrète |
|---|---|---|
| 29 novembre 1947 | Résolution 181 de l’ONU | 56,5 % du territoire au futur État juif, selon le plan de 1947 |
| 9 avril 1948 | Massacre de Deir Yassin | environ 100 à 120 morts, fourchette des recherches historiques modernes |
| 14–15 mai 1948 | Israël proclamé; internationalisation de la guerre | rupture politique majeure de 1948 |
| 11 décembre 1948 | Résolution 194 de l’Assemblée générale | retour ou indemnisation affirmés au paragraphe 11 |
| 20 juin 1949 | Loi israélienne sur les biens des absents, antécédent réglementaire | dépossession consolidée en 1948–1950 |
Le mécanisme de la dépossession
Le déplacement procéda en plusieurs étapes, parfois simultanées :
- Isoler les localités par blocus, coupure des routes et conquête des centres urbains en 1947–1948.
- Faire partir par assaut, tirs de mortier, menaces, massacres ou ordres d’expulsion en 1948.
- Empêcher le retour en tirant sur des « infiltrés », en minant ou rasant des maisons et en implantant de nouvelles localités dès 1948–1949.
- Légaliser la saisie par les règlements d’urgence de 1948, puis la Loi sur les biens des absents de 1950.
- Transférer l’usage des terres au Custodian of Absentee Property, à l’Autorité de développement et au Fonds national juif durant les années 1950.
Les Palestiniens restés dans Israël — environ 150 000 en 1949, selon les statistiques israéliennes — obtinrent la citoyenneté mais vécurent sous gouvernement militaire jusqu’en 1966. Beaucoup devinrent des « présents-absents » : physiquement présents, juridiquement absents de leur propriété.
Les chiffres : réfugiés, morts et villages dépeuplés
Le bilan exact varie parce que les recensements furent interrompus, que des familles se déplacèrent plusieurs fois et que les catégories diffèrent. L’estimation de référence de l’ONU en 1950 est de 750 000 réfugiés palestiniens; les travaux historiques situent généralement le total de 1947–1949 entre 700 000 et 800 000.
| Indicateur | Estimation | Source et année de l’estimation |
|---|---|---|
| Palestiniens déplacés | 700 000–800 000 | historiographie moderne; ONU : 750 000 en 1950 |
| Localités dépeuplées | 418 | Walid Khalidi, All That Remains, 1992 |
| Localités détruites ou vidées | plus de 400 | ONU et chercheurs palestiniens, synthèses depuis 1950 |
| Palestiniens tués pendant la guerre | environ 10 000–15 000 | fourchette de synthèses historiques pour 1947–1949 |
| Réfugiés enregistrés auprès de l’UNRWA | environ 914 000 | premier décompte opérationnel, 1950 |
| Réfugiés palestiniens enregistrés | environ 5,9 millions | UNRWA, 2023 |
Ces catégories ne sont pas directement interchangeables : le chiffre de 2023 comprend les descendants admissibles à l’enregistrement, tandis que celui de 1948 mesure un déplacement historique.
Qui a profité des terres et des biens saisis ?
L’État israélien fut le principal bénéficiaire institutionnel. La Loi sur les biens des absents de 1950 remit au Custodian maisons, vergers, commerces et comptes appartenant aux réfugiés, y compris à certains déplacés internes. La Loi sur l’Autorité de développement de 1950 permit ensuite leur vente ou transfert.
Selon l’étude de l’économiste israélien Don Peretz publiée en 1958, les réfugiés avaient laissé environ 4,6 millions de dunams — soit 4 600 km² — de terres. Les estimations foncières diffèrent selon l’inclusion des terres collectives et du Néguev : Salman Abu Sitta estime, dans ses travaux cartographiques des années 1990–2010, que les Palestiniens possédaient ou utilisaient une superficie sensiblement supérieure.
De nouveaux immigrants juifs furent logés dans des maisons palestiniennes à Jaffa, Haïfa, Acre, Lydda et Ramla dès 1948–1950. Des kibboutzim, moshavim, municipalités, sociétés publiques et le Fonds national juif reçurent des terres transférées. Il ne s’agit donc pas seulement d’une perte abstraite : des actifs privés changèrent de détenteur sous autorité étatique.
La dépossession transforma simultanément la géographie, la richesse immobilière et la majorité démographique du territoire devenu Israël en 1948.
Résistance, retour et organisation des réfugiés
Pendant et après 1948, des Palestiniens tentèrent de regagner leurs villages, récupérer des récoltes ou rejoindre leurs familles. Israël les qualifia d’« infiltrés »; les forces frontalières en tuèrent entre 2 700 et 5 000 de 1949 à 1956, selon la fourchette discutée par Benny Morris à partir d’archives israéliennes.
La résistance prit aussi des formes politiques et sociales : comités de camps, grèves, conservation des titres fonciers et des clés, témoignages oraux, enseignement de l’histoire locale. L’Organisation de libération de la Palestine fut créée en 1964. La Journée de la terre, née après la mort de 6 citoyens palestiniens abattus par les forces israéliennes le 30 mars 1976, lia la mémoire de la Nakba à la défense foncière.
La Grande Marche du retour à Gaza débuta le 30 mars 2018. Du 30 mars 2018 au 31 décembre 2019, la commission d’enquête de l’ONU et l’OCHA ont documenté plus de 200 Palestiniens tués lors des manifestations et incidents associés; les méthodes et périodes de comptage expliquent les écarts entre organismes.
Déni, mémoire et signification actuelle
Israël a longtemps présenté l’exode comme volontaire ou ordonné par des dirigeants arabes. Les archives ouvertes à partir des années 1980 ont confirmé de nombreuses expulsions, atrocités et destructions. En 2011, la Knesset adopta une loi autorisant la réduction de financements publics pour les organismes commémorant le jour de l’indépendance israélienne comme journée de deuil, couramment appelée « loi Nakba ».
La résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU, adoptée le 11 décembre 1948 par 35 voix contre 15, avec 8 abstentions, affirme que les réfugiés souhaitant vivre en paix devraient pouvoir rentrer au plus tôt et que les autres devraient être indemnisés. Israël n’a pas mis en œuvre ce retour collectif. Les gouvernements israéliens invoquent la sécurité, la souveraineté et le maintien d’une majorité juive; les Palestiniens invoquent leurs droits individuels, leurs titres et l’interdiction de la dépossession forcée.
Aujourd’hui, « Nakba » désigne à la fois l’événement fondateur de 1948 et, dans l’usage palestinien, un processus continu : refus du retour, démolitions, déplacements et fragmentation territoriale. Cette continuité ne rend pas toutes les périodes identiques; elle nomme le lien matériel entre perte initiale, régime foncier et statut actuel des réfugiés.
Sources et lectures complémentaires
- United Nations, The Question of Palestine: The Nakba
- UNRWA, Palestine refugees
- Encyclopaedia Britannica, Palestine war and the Nakba
- Walid Khalidi, All That Remains, Institute for Palestine Studies
- Benny Morris, 1948: A History of the First Arab-Israeli War, Yale University Press
- Ilan Pappé, The Ethnic Cleansing of Palestine, Oneworld
Questions fréquentes
- Qu’est-ce que la Nakba palestinienne de 1948 ?
- La Nakba est l’expulsion, la fuite forcée et la dépossession de 700 000 à 800 000 Palestiniens pendant la guerre de 1947–1949. L’ONU retenait environ 750 000 déplacés en 1950. Plus de 400 localités furent dépeuplées ou détruites tandis qu’Israël, proclamé le 14 mai 1948, empêchait le retour et transférait les biens abandonnés sous la contrainte.
- Combien de Palestiniens ont été expulsés en 1948 ?
- Les historiens situent généralement le nombre de Palestiniens déplacés entre 700 000 et 800 000 en 1947–1949; l’estimation de référence publiée par l’ONU en 1950 est d’environ 750 000. Les variations viennent des déplacements multiples, des recensements interrompus et de la distinction entre personnes expulsées directement, réfugiés des combats et déplacés internes.
- Combien de villages palestiniens ont été détruits pendant la Nakba ?
- Walid Khalidi a documenté 418 localités palestiniennes dépeuplées dans son ouvrage de 1992, *All That Remains*. D’autres inventaires dépassent 400 et varient selon qu’ils comptent villages, hameaux et quartiers urbains. Beaucoup furent rasés après leur conquête en 1948; d’autres furent réoccupés, renommés ou intégrés à de nouvelles municipalités et colonies agricoles israéliennes.
- La résolution 194 de l’ONU garantit-elle le droit au retour ?
- Adoptée le 11 décembre 1948 par 35 voix contre 15 et 8 abstentions, la résolution 194 affirme que les réfugiés souhaitant vivre en paix devraient être autorisés à rentrer au plus tôt, tandis que les autres devraient recevoir une indemnisation. Elle fonde la revendication diplomatique du retour, mais Israël n’a jamais accepté ni appliqué un retour collectif des réfugiés palestiniens.
- Qui a récupéré les terres et maisons des réfugiés palestiniens ?
- Les règlements israéliens de 1948 puis les lois de 1950 confièrent les biens au Custodian of Absentee Property et à l’Autorité de développement. L’État, des municipalités, le Fonds national juif et des implantations agricoles en reçurent l’usage. Don Peretz estimait en 1958 que les réfugiés avaient laissé environ 4,6 millions de dunams, soit 4 600 km².
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Sources et lectures
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