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Massacre de Sharpeville : apartheid, victimes et mémoire

Le 21 mars 1960, la police sud-africaine tua 69 manifestants à Sharpeville. Faits, victimes, responsabilités, profits et héritage politique.

Massacre de Sharpeville : apartheid, victimes et mémoire
Wikimedia Commons / Wikipedia — Sharpeville massacre

Le massacre de Sharpeville eut lieu le 21 mars 1960 devant le commissariat de ce township du Transvaal, dans l’Union sud-africaine. La police tira sur une foule noire protestant contre les lois sur les laissez-passer : le bilan officiel fut de 69 morts et 180 blessés, dont 8 femmes et 10 enfants parmi les morts. Nombre de victimes furent atteintes dans le dos alors qu’elles fuyaient.

Sharpeville ne fut ni un « affrontement racial » ni une fusillade entre forces comparables. C’était l’emploi meurtrier de la puissance publique pour défendre l’apartheid, son contrôle de la mobilité et l’économie de travail contraint qu’il servait. Ce hub relie l’événement à notre histoire du colonialisme et du racisme, au catalogue des atrocités documentées et aux données historiques.

À retenir

  • Le 21 mars 1960, la police de l’apartheid tua 69 personnes et en blessa 180 à 186 devant le commissariat de Sharpeville.
  • Les victimes protestaient contre les laissez-passer, instruments légaux contrôlant la mobilité, la résidence et le travail des Africains noirs.
  • Selon la commission Wessels de 1960, 70 % des projectiles ayant atteint les victimes étaient entrés par l’arrière.
  • L’État répondit au massacre par un état d’urgence, 18 011 détentions et l’interdiction de l’ANC et du PAC en 1960.
  • Sharpeville accéléra la résistance armée et l’isolement international de l’Afrique du Sud, sans entraîner de condamnation pénale des policiers responsables.

Ce qui s’est passé le 21 mars 1960

Le Pan Africanist Congress (PAC), dirigé par Robert Sobukwe, appela les Africains à se présenter sans laissez-passer aux commissariats et à demander leur arrestation. À Sharpeville, plusieurs milliers de personnes se rassemblèrent devant le poste de police. Les estimations contemporaines de la foule divergent : la commission d’enquête Wessels retint environ 5 000 personnes en 1960, tandis que des récits journalistiques et historiques ont avancé jusqu’à 20 000 en 1960.

Vers 13 h 15, des policiers ouvrirent le feu. Selon le rapport officiel publié en 1960, 705 coups furent tirés en approximativement 40 secondes. Les policiers ne subirent aucun décès ; trois furent légèrement blessés, selon la commission Wessels en 1960. Les examens médico-légaux cités par cette commission indiquèrent que 70 % des projectiles ayant touché les victimes étaient entrés par l’arrière.

Date Décision ou événement Donnée vérifiable
1952 Entrée en vigueur du Natives (Abolition of Passes and Co-ordination of Documents) Act Loi n° 67 de 1952
21 mars 1960 Rassemblement puis tirs à Sharpeville ≈5 000 à 20 000 participants selon les sources de 1960
21 mars 1960 Usage policier des armes 705 coups en ≈40 secondes, commission Wessels, 1960
30 mars 1960 État d’urgence 18 011 détenus jusqu’au 31 août 1960, chiffre gouvernemental
8 avril 1960 Interdiction du PAC et de l’ANC Unlawful Organisations Act, loi n° 34 de 1960

« The police opened fire on the crowd and a total of 69 people were killed and 180 wounded. » — Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 134, 1960.

Les morts, les blessés et la répression

Le chiffre de référence est le bilan officiel établi en 1960 : 69 morts et 180 blessés. Certaines publications donnent 186 blessés pour la même année 1960 ; le South African History Archive explique cet écart par des décomptes contemporains divergents. Le total documenté se situe donc à 249–255 victimes tuées ou blessées, selon que l’on retient 180 ou 186 blessés.

Catégorie Nombre Source et année
Personnes tuées 69 Gouvernement sud-africain et commission Wessels, 1960
Femmes tuées 8 Commission Wessels, 1960
Enfants tués 10 Commission Wessels, 1960
Personnes blessées 180–186 Bilan officiel de 1960 ; décomptes contemporains recensés par SAHA
Total morts et blessés 249–255 Calcul à partir des bilans de 1960
Part des impacts entrés par l’arrière 70 % Constat médico-légal cité par la commission Wessels, 1960
Personnes détenues sous l’état d’urgence 18 011 Chiffre gouvernemental pour le 30 mars–31 août 1960

Bilan humain officiel de Sharpeville en 1960 : 69 morts et 180 blessés69180MortsBlessésPersonnes

Faits essentiels

  • Le massacre se produisit le 21 mars 1960 dans le township de Sharpeville.
  • Le bilan officiel de 1960 compte 69 morts et 180 blessés.
  • Parmi les 69 morts figuraient 8 femmes et 10 enfants, selon la commission Wessels de 1960.
  • Le PAC organisait une campagne de désobéissance contre les laissez-passer imposés aux Africains noirs.
  • L’État répondit en 1960 par l’état d’urgence, 18 011 détentions et l’interdiction du PAC et de l’ANC.

Qui bénéficiait du système des laissez-passer ?

Sharpeville protégeait un ordre économique autant qu’un ordre racial. Depuis les lois minières et urbaines du début du XXe siècle, l’État blanc canalisait les travailleurs africains vers les mines, les usines, les fermes et les services domestiques, tout en limitant leur établissement permanent dans les villes. Les carnets de référence instaurés par la loi n° 67 de 1952 rendaient ce contrôle quotidien et policier.

Les principaux bénéficiaires furent les sociétés minières réunies autour de la Chamber of Mines, les exploitations agricoles blanches, les industries urbaines et l’État d’apartheid. Anglo American, fondée par Ernest Oppenheimer, figurait parmi les groupes dominants du complexe minier. Il serait trompeur d’attribuer à Sharpeville une recette commerciale isolable : aucun registre crédible ne chiffre un « profit du massacre ». Le bénéfice était structurel, produit par l’accès à une main-d’œuvre noire bon marché, géographiquement contrainte et privée de droits syndicaux et résidentiels égaux.

En 1960, l’or représentait environ 40 % des recettes d’exportation de l’Afrique du Sud, selon les séries historiques de la South African Reserve Bank. La même année 1960, les mines sud-africaines produisirent environ 665 tonnes d’or, d’après les séries de la Chamber of Mines reprises par les statistiques minières historiques. Ces ordres de grandeur montrent ce que défendait le dispositif coercitif.

Sharpeville révèle le lien matériel entre classification raciale, police des déplacements et accumulation minière : la violence n’était pas extérieure au système économique, mais l’une de ses conditions.

Résistance, rupture politique et réaction internationale

La campagne du PAC cherchait à rendre les lois impraticables par une désobéissance publique. Après Sharpeville, l’ANC et le PAC furent interdits le 8 avril 1960. Nelson Mandela et d’autres dirigeants conclurent que les voies légales étaient fermées ; l’ANC créa Umkhonto we Sizwe le 16 décembre 1961, tandis que le PAC constitua Poqo en 1961.

La réponse se déroula en quatre temps :

  1. Le 21 mars 1960, la police tua 69 personnes et en blessa 180–186 selon les décomptes de 1960.
  2. Le 28 mars 1960, l’ANC appela à une journée de deuil national et à la destruction des laissez-passer.
  3. Le 30 mars 1960, le gouvernement proclama l’état d’urgence ; 18 011 personnes furent détenues avant sa levée le 31 août 1960.
  4. Le 1er avril 1960, la résolution 134 du Conseil de sécurité de l’ONU déplora les politiques sud-africaines et demanda leur abandon.

Le choc dépassa les condamnations diplomatiques. Après le massacre, des capitaux sortirent du pays et les réserves diminuèrent ; l’Afrique du Sud quitta finalement le Commonwealth le 31 mai 1961, après que Hendrik Verwoerd eut retiré sa demande de maintien comme république. Sharpeville accéléra l’isolement international, sans provoquer immédiatement la fin de l’apartheid, aboli juridiquement par étapes entre 1990 et 1994.

Déni, responsabilité et mémoire publique

La police affirma en 1960 avoir été menacée et avoir paniqué. La commission Wessels, nommée par le gouvernement en 1960, critiqua certains aspects de la conduite policière mais ne produisit pas de responsabilité pénale proportionnée aux 69 morts. Aucun policier ne fut condamné pour les homicides de Sharpeville. L’État poursuivit au contraire les organisations visées par la répression.

La Commission vérité et réconciliation, dans son rapport final de 1998, qualifia les tirs de violation flagrante des droits humains et conclut que la police avait fait un usage excessif de la force. Le 10 décembre 1996, Nelson Mandela choisit Sharpeville pour promulguer la Constitution sud-africaine. Depuis 1995, le 21 mars est la Journée des droits humains en Afrique du Sud ; l’ONU en avait fait la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale par la résolution 2142 (XXI), adoptée le 26 octobre 1966.

La mémoire doit conserver les noms individuels plutôt que réduire les morts à un total. Le mémorial de Sharpeville porte les noms des 69 personnes tuées. Cette inscription contredit une longue pratique administrative : compter les corps tout en effaçant les responsabilités, les trajectoires et les familles.

Ce que Sharpeville signifie aujourd’hui

Sharpeville demeure un cas central pour comprendre comment une bureaucratie discriminatoire devient violence létale. Une loi documentaire — la loi n° 67 de 1952 — déterminait la présence légale, l’emploi et la circulation de millions d’Africains ; la police faisait respecter cet ordre ; le feu fut ouvert lorsque des personnes refusèrent collectivement d’y obéir.

L’événement fournit trois critères toujours utiles : examiner qui est immobilisé ou expulsé par les documents, qui tire un avantage économique de cette contrainte, et qui contrôle l’enquête après les morts. Son héritage juridique dépasse l’Afrique du Sud : le 21 mars relie désormais la commémoration locale à la lutte mondiale contre la discrimination raciale. Il rappelle aussi qu’une transition constitutionnelle ne remplace ni les poursuites pénales ni la réparation matérielle. Les dossiers comparables sont consultables dans les atrocités de l’archive, leurs séries chiffrées dans le centre de données et leur contexte dans la chronologie historique.

Sources et lectures complémentaires

Questions fréquentes

Combien de personnes furent tuées lors du massacre de Sharpeville ?
La police sud-africaine tua 69 personnes le 21 mars 1960. La commission Wessels de 1960 compta parmi elles 8 femmes et 10 enfants. Le bilan officiel recensa aussi 180 blessés, tandis que certaines sources contemporaines en indiquèrent 186, soit 249 à 255 morts et blessés au total.
Pourquoi les manifestants s’étaient-ils réunis à Sharpeville ?
Ils répondaient à l’appel du Pan Africanist Congress de Robert Sobukwe contre les laissez-passer. Le 21 mars 1960, les participants devaient se présenter sans leurs documents aux commissariats et demander leur arrestation. La campagne contestait notamment la loi n° 67 de 1952, qui renforçait le contrôle policier du travail, de la résidence et des déplacements des Africains.
La foule de Sharpeville était-elle armée lorsque la police a tiré ?
Les récits attestent que certains manifestants pouvaient porter des pierres, mais aucune force armée comparable ne faisait face à la police le 21 mars 1960. Aucun policier ne fut tué ; trois furent légèrement blessés selon la commission Wessels. Les 705 coups tirés en environ 40 secondes et les 70 % d’impacts par l’arrière contredisent la présentation d’une défense proportionnée.
Quelles furent les conséquences politiques immédiates de Sharpeville ?
Le gouvernement d’Hendrik Verwoerd proclama l’état d’urgence le 30 mars 1960 et détenait finalement 18 011 personnes avant le 31 août. Le 8 avril 1960, la loi n° 34 interdit l’ANC et le PAC. Le Conseil de sécurité de l’ONU adopta la résolution 134 le 1er avril 1960, condamnant les politiques ayant conduit au massacre.
Pourquoi le 21 mars est-il aujourd’hui une journée commémorative ?
Depuis 1995, le 21 mars est la Journée des droits humains en Afrique du Sud, en mémoire des 69 morts de Sharpeville en 1960. L’Assemblée générale de l’ONU avait déjà institué, par sa résolution 2142 du 26 octobre 1966, la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, observée chaque 21 mars.

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