Massacre de Wounded Knee : morts, responsables et mémoire
Le 29 décembre 1890, le 7e régiment de cavalerie massacra des Lakotas à Wounded Knee. Victimes, dépossession, résistances et mémoire.

Le 29 décembre 1890, près du ruisseau Wounded Knee, dans la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud), le 7e régiment de cavalerie des États-Unis encercla puis massacra le groupe lakota miniconjou de Spotted Elk, aussi appelé Big Foot. Les historiens retiennent généralement 250 à 300 morts lakotas, dont de nombreuses femmes et enfants ; l’armée compta 25 morts, plusieurs probablement touchés par des tirs amis.
Ce massacre clôt symboliquement les guerres indiennes, sans clore la dépossession. Il résulta de décennies de conquête territoriale, de destruction des bisons, de traités violés, de rationnement coercitif et de répression de la Danse des Esprits. Ce hub relie l’événement à l’histoire coloniale, aux atrocités documentées et aux données comparatives.
À retenir
- Le 29 décembre 1890, environ 470 cavaliers américains encerclèrent puis massacrèrent le groupe miniconjou de Spotted Elk à Wounded Knee.
- Les sources historiques évaluent les morts lakotas entre 150 et 300, le consensus contemporain se situant généralement entre 250 et 300.
- Le massacre protégea un ordre colonial fondé sur la saisie des Black Hills, l’ouverture des terres aux colons et la dépendance alimentaire.
- L’armée compta 25 morts et 39 blessés en 1890, mais les tirs croisés rendent probable une part indéterminée de tirs amis.
- Les Sioux refusent l’indemnité confirmée en 1980, car leur revendication porte sur la restitution des Black Hills, non sur leur vente.
- Les décorations accordées après le massacre restent un enjeu politique, malgré les demandes autochtones de révocation formulées depuis 2001.
Ce qui s’est passé : encercler, désarmer, tirer
Après la mort de Sitting Bull lors de son arrestation, le 15 décembre 1890, Spotted Elk mena environ 350 Lakotas vers Pine Ridge. Malade d’une pneumonie, il se rendit au major Samuel Whitside le 28 décembre 1890. Environ 470 soldats du 7e de cavalerie entourèrent alors le camp, avec quatre canons Hotchkiss capables de tirer rapidement des obus explosifs.
| Date | Décision ou événement | Acteurs |
|---|---|---|
| 9 février 1890 | Le gouvernement divise la Grande Réserve sioux en cinq réserves | Congrès et président Benjamin Harrison |
| 15 décembre 1890 | Sitting Bull est tué pendant son arrestation | Police indienne de Standing Rock |
| 28 décembre 1890 | Spotted Elk se rend ; son groupe est conduit à Wounded Knee | Major Samuel Whitside, 7e de cavalerie |
| 29 décembre 1890 | Fouille, tentative de désarmement, fusillade et poursuite des fuyards | Colonel James W. Forsyth, 7e de cavalerie |
| 1er janvier 1891 | Des corps gelés sont ramassés puis jetés dans une fosse commune | Civils et armée américaine |
Le matin du 29 décembre 1890, les soldats séparèrent les hommes, confisquèrent les armes et fouillèrent les couvertures. Une lutte autour du fusil de Black Coyote précéda un coup de feu ; les soldats ouvrirent alors un feu massif. Les Hotchkiss balayèrent le camp et les ravins où fuyaient femmes et enfants.
« I did not know then how much was ended. » — Black Elk, témoignage recueilli par John G. Neihardt en 1932, Black Elk Speaks.
Les morts, les blessés et l’incertitude des chiffres
Aucun décompte nominatif complet ne fut établi en 1890. Le blizzard, la fosse commune et la dispersion des survivants compliquèrent le bilan. Le Service des parcs nationaux donne aujourd’hui environ 250 morts lakotas ; l’historien Robert M. Utley avançait en 1963 une fourchette de 150 à 300 ; Dee Brown popularisa en 1970 un total proche de 300. Les évaluations contemporaines convergent généralement vers 250 à 300 morts, dont environ 150 à 200 femmes et enfants.
| Population | Morts, estimation publiée | Blessés recensés | Source et année |
|---|---|---|---|
| Lakotas | 150–300 | 51 | Robert M. Utley, 1963 ; relevé militaire de 1890 |
| Lakotas | environ 250 | non précisé | National Park Service, fiche actuelle consultée en 2026 |
| Lakotas | près de 300 | non précisé | Dee Brown, 1970 |
| Armée américaine | 25 | 39 | Rapport militaire, 1891 |
Les 25 morts américains de 1890 ne prouvent pas un combat équilibré : les lignes encerclantes et le tir croisé rendent probable une part de tirs fratricides, sans qu’un chiffre certain puisse être établi.
Dépossession : qui a profité de la violence
Wounded Knee protégea moins une population qu’un ordre foncier. Le traité de Fort Laramie de 1868 garantissait aux Sioux la Grande Réserve sioux, incluant les Black Hills. Après la découverte d’or annoncée en 1874, l’État toléra l’invasion des prospecteurs, puis imposa la cession des Black Hills en 1877, en violation de l’exigence conventionnelle d’accord des trois quarts des hommes lakotas adultes.
Les bénéficiaires furent identifiables : mineurs et sociétés minières des Black Hills, compagnies ferroviaires, éleveurs, colons et gouvernements territoriaux. La ruée transforma notamment Homestake Mining Company, constituée en 1877, en entreprise majeure ; sa mine de Lead produisit environ 40 millions d’onces d’or entre 1876 et 2001, selon les données historiques de la société et du South Dakota Geological Survey.
- Briser l’autonomie alimentaire par l’extermination commerciale des bisons dans les années 1870–1880.
- Concentrer les Lakotas dans des réserves dépendantes des rations fédérales.
- Réduire les terres par la loi du 2 mars 1889, entrée en application en 1890.
- Réprimer la Danse des Esprits, présentée en 1890 comme une menace militaire.
- Ouvrir les terres retranchées aux colons non autochtones.
En 1980, la Cour suprême, dans United States v. Sioux Nation of Indians, jugea illégale la prise des Black Hills et confirma une indemnité de 105 millions de dollars de 1980. Les Sioux refusent toujours ce paiement, capitalisé au-delà de 1 milliard de dollars au XXIe siècle, parce qu’accepter signifierait solder leur revendication territoriale.
Résistance lakota avant et après le massacre
La Danse des Esprits n’était pas un plan d’invasion. Fondé par le prophète paiute Wovoka vers 1889, ce mouvement religieux promettait le renouvellement du monde autochtone et le retour des morts. Des agents fédéraux l’interprétèrent comme une insurrection, dans un contexte où les rations avaient été réduites et les récoltes frappées par la sécheresse en 1890.
Faits essentiels
- Spotted Elk se dirigeait vers Pine Ridge pour chercher protection lorsqu’il se rendit le 28 décembre 1890.
- Le 7e de cavalerie était le régiment de George A. Custer, vaincu à Little Bighorn le 25 juin 1876.
- Des survivants lakotas soignèrent et transmirent les noms des morts malgré la fosse commune creusée en 1891.
- L’American Indian Movement occupa Wounded Knee pendant 71 jours, du 27 février au 8 mai 1973.
L’occupation de 1973, conduite notamment par Russell Means, Dennis Banks et des militants oglalas, dénonçait à la fois la gouvernance de Richard Wilson à Pine Ridge et les violations des traités par Washington. Deux militants autochtones, Frank Clearwater et Lawrence Lamont, moururent pendant le siège ; le marshal fédéral Lloyd Grimm fut grièvement blessé. La résistance contemporaine associe souveraineté, restitution des terres et contrôle lakota du récit historique.
Médailles, déni officiel et bataille de la mémoire
L’armée qualifia longtemps l’événement de bataille et récompensa 20 soldats pour des actions liées à Wounded Knee en 1890, dont 19 appartenaient au 7e de cavalerie selon le décompte du Congrès de 2022. Ce total exceptionnel dépassait celui de nombreuses batailles conventionnelles et transforma le massacre en acte héroïque officiel.
Le massacre fut « the indiscriminate slaughter of Indian men, women, and children » — Sénat des États-Unis, résolution adoptée en 1990 pour le centenaire.
Le Congrès exprima en 1990 son « profond regret », mais sans annuler les médailles. En 2001, le National Congress of American Indians demanda leur révocation. La Chambre des représentants adopta le Remove the Stain Act en 2021, sans adoption définitive par le Sénat. En 2022, le département de la Défense lança un examen ; en 2024, le secrétaire Lloyd Austin recommanda que les 20 décorations de 1890 soient réévaluées individuellement, sans annoncer leur révocation collective.
La mémoire reste donc institutionnellement divisée : fosse commune et récits de survivants d’un côté, citations militaires honorifiques de l’autre. Nommer Wounded Knee parmi les atrocités coloniales ne réécrit pas les faits ; cela corrige le vocabulaire produit par les vainqueurs.
Ce que Wounded Knee signifie aujourd’hui
Wounded Knee ne fut pas un accident isolé, mais l’aboutissement d’une politique de conquête. Ses mécanismes — criminalisation religieuse, désarmement forcé, dépendance alimentaire organisée, terreur militaire et effacement administratif — restent des catégories utiles pour lire les archives de la colonisation.
Le site se trouve dans la réserve de Pine Ridge, où la Nation oglala lakota exerce une souveraineté limitée par le droit fédéral. Les demandes centrales ne portent pas seulement sur la commémoration : elles concernent la restitution des Black Hills, le respect du traité de 1868, l’annulation des décorations et la transmission des témoignages lakotas. Les tableaux de notre portail Données doivent donc être lus avec leur limite essentielle : une fourchette de 250 à 300 morts en 1890 représente des personnes, des familles et une rupture politique, non une simple statistique.
Sources et lectures complémentaires
- National Park Service — Wounded Knee Massacre
- Encyclopaedia Britannica — Wounded Knee Massacre
- U.S. National Archives — The Treaty of Fort Laramie, 1868
- Supreme Court — United States v. Sioux Nation of Indians, 1980
- Smithsonian Magazine — How the Battle of Wounded Knee Ended the Indian Wars
- National Congress of American Indians — Rescind Wounded Knee Medals
Questions fréquentes
- Combien de Lakotas ont été tués au massacre de Wounded Knee ?
- Les estimations varient parce qu’aucun relevé complet ne fut établi après le 29 décembre 1890. Robert M. Utley proposait en 1963 une fourchette de 150 à 300 morts ; le National Park Service retient environ 250 victimes, tandis que Dee Brown évoquait près de 300 en 1970. Le consensus courant est donc de 250 à 300 morts lakotas, dont de nombreuses femmes et enfants.
- Pourquoi parle-t-on d’un massacre plutôt que d’une bataille ?
- Le 29 décembre 1890, environ 470 soldats du 7e de cavalerie encerclaient un camp d’environ 350 Lakotas déjà placés sous garde. Après une fouille visant à les désarmer, les soldats tirèrent avec des fusils et quatre canons Hotchkiss, puis poursuivirent des fuyards. La mort estimée de 250 à 300 Lakotas, contre 25 soldats, et la forte présence de non-combattants justifient le terme « massacre ».
- Quel rôle la Danse des Esprits a-t-elle joué à Wounded Knee ?
- La Danse des Esprits, diffusée par Wovoka vers 1889, était un mouvement religieux promettant le renouveau du monde autochtone. En 1890, des agents fédéraux la présentèrent comme une menace insurrectionnelle. Cette interprétation servit à militariser les réserves, à arrêter Sitting Bull le 15 décembre et à intercepter Spotted Elk le 28 décembre, créant les conditions immédiates du massacre du lendemain.
- Des soldats ont-ils reçu des médailles pour Wounded Knee ?
- Oui. Vingt soldats reçurent la Medal of Honor pour des actions liées au massacre de 1890, dont 19 membres du 7e de cavalerie selon le décompte repris par le Congrès en 2022. Le National Congress of American Indians réclame leur révocation depuis 2001. En 2024, le secrétaire à la Défense Lloyd Austin recommanda un réexamen individuel, mais les médailles ne furent pas toutes annulées.
- Quel lien existe entre Wounded Knee et les Black Hills ?
- Le massacre conclut une séquence de dépossession commencée après le traité de Fort Laramie de 1868, qui garantissait les Black Hills aux Sioux. Après la découverte d’or annoncée en 1874, les États-Unis saisirent illégalement le territoire en 1877. La Cour suprême confirma cette illégalité en 1980 et accorda 105 millions de dollars, mais les Sioux refusent l’argent et demandent la restitution des terres.
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Sources et lectures
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