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1757 : Plassey et la conquête britannique du Bengale

Le 23 juin 1757, la Compagnie des Indes orientales vainquit à Plassey, captura le pouvoir fiscal du Bengale et lança une conquête coloniale.

1757 : Plassey et la conquête britannique du Bengale
Wikimedia Commons / Wikipedia — Battle of Plassey

Le 23 juin 1757, près de Palashi — anglicisé en Plassey — la Compagnie britannique des Indes orientales renversa le nawab du Bengale, Siraj-ud-Daulah. Cette victoire de Robert Clive ne fut pas un triomphe militaire conventionnel : elle résulta d’un complot financé par des banquiers et négociants bengalis, puis de la défection de Mir Jafar et d’une grande partie du commandement du nawab.

Plassey transforma une compagnie marchande armée en puissance politique. Elle obtint immédiatement des paiements colossaux, plaça Mir Jafar sur le trône et, après Buxar en 1764 puis l’octroi du diwani en 1765, s’empara des revenus du Bengale, du Bihar et de l’Orissa. Ce tournant décisif de l’Empire britannique inaugura un régime d’extraction dont les effets dépassèrent largement le champ de bataille.

À retenir

  • Le 23 juin 1757, la Compagnie britannique vainquit à Plassey grâce à un complot et aux défections organisées autour de Mir Jafar.
  • En 1757, environ 3 000 hommes de Clive affrontèrent une armée bengalie estimée à 50 000 hommes, dont la majorité resta inactive.
  • Mir Jafar promit environ 17,7 millions de roupies en 1757 à la Compagnie, aux forces britanniques, à Calcutta et à des particuliers.
  • La victoire de Buxar en 1764 et le diwani de 1765 transformèrent l’influence politique acquise à Plassey en souveraineté fiscale.
  • Plassey inaugura une conquête d’entreprise où l’impôt bengali finança l’armée privée, le commerce et l’expansion territoriale de la Compagnie.

Avant Plassey : un Bengale riche, un empire fragmenté

Au milieu du XVIIIe siècle, le Bengale moghol était l’une des régions manufacturières et fiscales les plus riches du monde, exportant cotonnades, soieries, salpêtre, sucre et opium. Selon l’historien économique Om Prakash, dans European Commercial Enterprise in Pre-Colonial India (1998), le Bengale représentait plus de 50 % des importations asiatiques de textiles de la Compagnie britannique dans les années 1750. La Compagnie, fondée en 1600, disposait à Calcutta du fort William et de troupes privées, mais restait juridiquement une concessionnaire du souverain local.

Après la mort d’Alivardi Khan en avril 1756, son petit-fils Siraj-ud-Daulah devint nawab. Il contesta les fortifications britanniques, l’évasion douanière permise par les laissez-passer impériaux et l’accueil de ses adversaires. Il prit Calcutta le 20 juin 1756. Le récit britannique du « trou noir de Calcutta » fut ensuite utilisé pour légitimer la revanche : John Zephaniah Holwell affirma en 1758 que 146 prisonniers avaient été enfermés et que 123 étaient morts. L’historien Brijen Gupta estima en 1959 que 64 personnes au maximum avaient été détenues et que 43 étaient mortes ; l’épisode demeure contesté quant au nombre, aux circonstances et à sa mise en scène impériale.

« One hundred and forty-six of us were thrust into a dungeon […] about eighteen feet square. » — John Zephaniah Holwell, 1758, A Genuine Narrative of the Deplorable Deaths of the English Gentlemen… Cette affirmation primaire, intéressée et longtemps monumentalisée, n’est pas une statistique fiable sans confrontation critique.

1757 : complot, bataille et changement de régime

Robert Clive reprit Calcutta le 2 janvier 1757 avec les forces venues de Madras. Le traité d’Alinagar, signé le 9 février, rétablit les privilèges de la Compagnie. Le 23 mars, Britanniques et alliés s’emparèrent de Chandernagor, comptoir français, malgré les objections du nawab.

Clive et William Watts conspirèrent alors avec Mir Jafar, commandant de Siraj, les financiers Jagat Seth, le marchand Omichand et Rai Durlabh. Un accord secret promettait le trône à Mir Jafar et d’immenses versements aux conspirateurs et à la Compagnie. Clive employa deux versions du traité afin de tromper Omichand ; devant une enquête parlementaire, il reconnut en 1773 avoir fait apposer le nom de l’amiral Charles Watson sur le faux document.

Le 23 juin 1757, l’armée de Siraj campa à Plassey. Après une brève canonnade et une pluie qui mouilla une partie de sa poudre, Mir Jafar, Rai Durlabh et Yar Lutuf Khan gardèrent leurs contingents hors du combat. Mir Madan, l’un des commandants restés loyaux, fut tué. Siraj ordonna la retraite ; les troupes de la Compagnie avancèrent. Capturé après sa fuite, il fut tué le 2 juillet 1757 sur ordre de Miran, fils de Mir Jafar.

Date Événement Conséquence
Avril 1756 Mort d’Alivardi Khan ; avènement de Siraj-ud-Daulah Crise de succession exploitée par ses rivaux
20 juin 1756 Prise de Calcutta par Siraj Repli britannique et préparation d’une expédition
2 janvier 1757 Clive reprend Calcutta Rétablissement militaire de la Compagnie
9 février 1757 Traité d’Alinagar Privilèges britanniques restaurés
23 mars 1757 Prise de Chandernagor Position française au Bengale brisée
Mai-juin 1757 Pacte secret avec Mir Jafar Coalition intérieure contre Siraj
23 juin 1757 Bataille de Plassey Déroute du nawab après les défections
29 juin 1757 Mir Jafar installé à Murshidabad Gouvernement dépendant de la Compagnie
2 juillet 1757 Assassinat de Siraj-ud-Daulah Élimination du souverain renversé
22 octobre 1764 Victoire britannique à Buxar Supériorité militaire consolidée
12 août 1765 Shah Alam II accorde le diwani Revenus du Bengale, du Bihar et de l’Orissa remis à la Compagnie
1773 Regulating Act britannique Contrôle parlementaire accru et gouverneur général à Calcutta

Voir aussi la chronologie générale de l’archive.

Les nombres : armées, morts et trésor capturé

Les effectifs varient selon les sources et la définition des combattants présents. Robert Orme, historien contemporain de la Compagnie, chiffrait en 1763 l’armée du nawab à environ 50 000 fantassins, 18 000 cavaliers et 50 canons. Sushil Chaudhury, en 2000, reprend un ordre de grandeur d’environ 50 000 hommes, tout en soulignant que la majorité ne combattit pas. La force de Clive comptait environ 3 000 hommes en 1757 : près de 800 soldats européens, 2 100 cipayes indiens et une centaine d’artilleurs, avec 8 pièces légères et 2 obusiers.

Les pertes de la Compagnie furent de 22 morts et 50 blessés selon le rapport de Clive du 26 juillet 1757 ; les pertes du nawab sont généralement évaluées à environ 500 morts en 1757 par les récits britanniques contemporains, chiffre moins assuré faute de registre bengali équivalent.

Effectifs présents et pertes rapportées à Plassey en 1757Comparaison logarithmique approximative : armée du nawab 50 000, force de la Compagnie 3 000, morts du nawab 500, morts de la Compagnie 22.Plassey, 1757 — échelle logarithmiqueArmée du nawab≈ 50 000Force de Clive≈ 3 000Morts du nawab≈ 500Morts Compagnie22

Le butin politique dépassa la bataille. Selon P. J. Marshall dans Bengal: The British Bridgehead (1987), Mir Jafar promit en 1757 environ 17,7 millions de roupies à la Compagnie, à Calcutta, à l’armée, à la marine et à des particuliers. Clive reçut personnellement environ 234 000 livres sterling en 1757, puis un jagir rapportant près de 27 000 livres par an à partir de 1759, montants établis par les débats parlementaires britanniques de 1772-1773.

Ce que Plassey mit en mouvement

Plassey établit un système de souverains clients, de cadeaux forcés et d’intervention dans les successions. La Compagnie déposa Mir Jafar en 1760, installa Mir Qasim, puis restaura Mir Jafar en 1763. Mir Qasim tenta d’abolir les exemptions commerciales qui avantageaient les Britanniques ; la guerre conduisit à Buxar, où Hector Munro vainquit le 22 octobre 1764 les forces alliées de Mir Qasim, du nawab d’Awadh Shuja-ud-Daula et de l’empereur Shah Alam II.

Le 12 août 1765, Shah Alam II accorda à la Compagnie le diwani, droit de percevoir les recettes du Bengale, du Bihar et de l’Orissa. Pour l’exercice fiscal 1765-1766, les recettes brutes du Bengale atteignaient approximativement 14,7 millions de roupies selon les comptes analysés par Ranajit Guha en 1963. Elles financèrent l’armée, les achats commerciaux et les transferts vers Londres : le commerce cessait d’être payé principalement par l’argent britannique et fut de plus en plus financé par l’impôt indien.

Plassey fut moins la conquête instantanée d’un territoire que la capture d’un État fiscal : la Compagnie transforma les recettes bengalies en capital militaire pour ses conquêtes suivantes.

La famine du Bengale de 1769-1773 survint sous ce régime. Les estimations coloniales souvent citées parlent d’environ 10 millions de morts, soit près d’un tiers d’une population évaluée à 30 millions en 1769 ; ces chiffres furent popularisés par William Wilson Hunter en 1868, mais les données démographiques sont lacunaires. Des historiens comme P. J. Marshall en 1987 retiennent la gravité extrême de la mortalité sans considérer le total de 10 millions comme vérifiable. Récoltes désastreuses, spéculation, maintien des exigences fiscales et incapacité administrative de la Compagnie aggravèrent la catastrophe.

Le Regulating Act de 1773 reconnut que cette corporation commerciale gouvernait désormais des millions de sujets. Pour suivre cette mutation dans l’histoire de l’Empire britannique, consultez aussi la chronologie impériale.

Mémoire, responsabilité et usages impériaux

L’historiographie impériale présenta longtemps Plassey comme la victoire d’une petite force disciplinée sur une masse « orientale ». Cette version masque le financement bengali du coup d’État, les négociations clandestines, la falsification du traité destiné à Omichand et la non-participation délibérée d’une grande partie de l’armée du nawab.

En Grande-Bretagne, Clive fut célébré puis interrogé sur son enrichissement. Le 21 mai 1773, la Chambre des communes déclara qu’il avait reçu 234 000 livres après Plassey en 1757 et détenu un jagir de 27 000 livres annuelles depuis 1759, tout en concluant qu’il avait rendu « de grands et méritoires services » à son pays. Cette résolution résume la responsabilité impériale : reconnaître les méthodes tout en récompensant leurs résultats.

En Inde et au Bangladesh, Palashi demeure le symbole d’une souveraineté vendue par une coalition d’intérêts. Mir Jafar est devenu un synonyme de traître, mais réduire l’événement à sa personne exonère la Compagnie, Clive, Watts et les bénéficiaires britanniques qui conçurent, financèrent et armèrent le changement de régime. Plassey doit être compris comme le début documenté d’une conquête d’entreprise, non comme un accident militaire.

Sources et lectures complémentaires

Questions fréquentes

Pourquoi la bataille de Plassey est-elle considérée comme un tournant historique ?
Le 23 juin 1757, Plassey permit à la Compagnie britannique des Indes orientales de renverser Siraj-ud-Daulah et d’installer Mir Jafar. Elle obtint alors environ 17,7 millions de roupies en promesses de paiement. Après Buxar en 1764, le diwani accordé en 1765 lui remit les recettes du Bengale, du Bihar et de l’Orissa, base financière de nouvelles conquêtes.
Combien de soldats et de morts y eut-il à Plassey en 1757 ?
Robert Clive commandait environ 3 000 hommes en 1757 : près de 800 Européens, 2 100 cipayes et une centaine d’artilleurs. L’armée du nawab comptait approximativement 50 000 hommes selon Sushil Chaudhury en 2000, mais la plupart ne combattirent pas. Clive rapporta 22 morts et 50 blessés britanniques ; les récits contemporains évaluèrent les morts bengalis à environ 500.
Mir Jafar a-t-il réellement trahi Siraj-ud-Daulah ?
Oui. En mai-juin 1757, Mir Jafar conclut avec Robert Clive et William Watts un accord secret lui promettant le trône. Le 23 juin, ses contingents restèrent largement inactifs à Plassey, comme ceux de Rai Durlabh et Yar Lutuf Khan. Installé nawab le 29 juin 1757, Mir Jafar devint dépendant de la Compagnie et dut financer ses nouveaux protecteurs.
La Compagnie des Indes contrôlait-elle tout le Bengale dès 1757 ?
Non. En 1757, la Compagnie contrôla surtout la succession politique et obtint des paiements, sans administrer immédiatement tout le Bengale. Après sa victoire à Buxar le 22 octobre 1764, l’empereur Shah Alam II lui accorda le diwani le 12 août 1765. Le Regulating Act de 1773 renforça ensuite le contrôle britannique sur son gouvernement territorial.
Quel lien existe entre Plassey et la famine du Bengale ?
Plassey en 1757 ouvrit la voie au diwani de 1765, qui plaça les recettes bengalies sous la Compagnie. Durant la famine de 1769-1773, mauvaises récoltes, spéculation, exigences fiscales et administration défaillante aggravèrent la mortalité. William Wilson Hunter avança en 1868 environ 10 millions de morts, près d’un tiers des 30 millions d’habitants estimés en 1769, mais ce total reste démographiquement incertain.

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