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1904-1908 : le génocide des Herero et des Nama

De la colonisation allemande à l’extermination des Herero et des Nama : chronologie, camps, bilans humains, responsabilités et mémoire en Namibie.

1904-1908 : le génocide des Herero et des Nama
Wikimedia Commons / Wikipedia — Herero and Nama genocide

Entre 1904 et 1908, l’Empire allemand mena, dans le Sud-Ouest africain allemand — l’actuelle Namibie — une guerre d’extermination contre les Herero puis les Nama. Expulsions vers le désert, empoisonnement ou contrôle des points d’eau, exécutions, famine, travail forcé et camps de concentration causèrent la mort d’environ 65 000 Herero et 10 000 Nama selon le rapport Whitaker des Nations unies publié en 1985 ; d’autres estimations situent les pertes à 40 000-80 000 Herero et autour de 10 000 Nama pour 1904-1908.

Ce crime colonial, aujourd’hui reconnu comme génocide par l’Allemagne, détruisit des communautés, facilita l’accaparement de leurs terres et institua un ordre racial durable. Cette page complète le dossier consacré au génocide des Herero et des Nama et sa place dans notre chronologie générale.

À retenir

  • L’Empire allemand extermina les Herero et les Nama entre 1904 et 1908 dans l’actuelle Namibie.
  • Le rapport Whitaker de 1985 estime les morts à 65 000 Herero et 10 000 Nama.
  • L’ordre de Lothar von Trotha du 2 octobre 1904 formula explicitement l’expulsion meurtrière des Herero.
  • La survie dans les camps signifiait travail forcé, maladie, violences et dépossession durable des terres et du bétail.
  • L’Allemagne reconnut officiellement le génocide en 2021, mais les communautés victimes contestent l’absence de réparations juridiquement contraignantes.

Avant 1904 : conquête allemande, dépossession et ordre racial

L’Allemagne proclama son protectorat sur le Sud-Ouest africain en 1884. Des traités inégaux, des achats contestés et la violence militaire permirent ensuite aux colons et aux sociétés concessionnaires de prendre terres, bétail et ressources. Les Herero, pasteurs majoritaires du plateau central, subirent particulièrement l’épizootie de peste bovine de 1897, l’endettement imposé par les commerçants et la perte de troupeaux. Les Nama du Sud affrontaient déjà l’expansion coloniale et le morcellement de leurs territoires.

Le gouverneur Theodor Leutwein combina négociation, alliances entre groupes africains et répression armée. En 1903, le soulèvement des Bondelswarts fut suivi, en janvier 1904, de l’insurrection herero sous Samuel Maharero. Les violences commises contre des colons fournirent à Berlin le prétexte d’une guerre totale, mais elles ne rendent pas symétriques les objectifs : l’État allemand disposait d’une armée impériale, organisait la dépossession et finit par ordonner l’expulsion d’un peuple entier.

1904-1908 : de la révolte à l’extermination

Berlin remplaça Leutwein par le général Lothar von Trotha, partisan de la guerre raciale. À Waterberg, les 11 et 12 août 1904, les troupes allemandes attaquèrent les Herero et poussèrent une grande partie des survivants vers l’Omaheke, bordure occidentale du Kalahari. Des patrouilles gardèrent les points d’eau et empêchèrent leur retour. La faim, la soif et l’épuisement tuèrent des milliers de personnes.

« À l’intérieur des frontières allemandes, tout Herero, avec ou sans fusil, avec ou sans bétail, sera abattu. » — Lothar von Trotha, Vernichtungsbefehl (« ordre d’extermination »), 2 octobre 1904.

Le chancelier Bernhard von Bülow annula formellement cet ordre en décembre 1904, mais la persécution prit une forme concentrationnaire. Les survivants furent internés, enregistrés, séparés de leurs terres et soumis au travail forcé. À Shark Island, près de Lüderitz, le froid, la malnutrition, les maladies, les coups et les travaux pénibles provoquèrent une mortalité extrême.

Les Nama entrèrent en guerre en octobre 1904 sous des chefs tels que Hendrik Witbooi et Jakob Morenga. Leur guérilla se prolongea après la mort de Witbooi, le 29 octobre 1905. Capturés ou contraints à la reddition, des milliers de Nama furent déportés dans les camps.

Date Événement Conséquence
1884 Proclamation du protectorat allemand Début officiel de la domination coloniale allemande
1897 Épizootie de peste bovine Ruine pastorale et dépendance accrue des Herero
12 janvier 1904 Début de l’insurrection herero Guerre ouverte contre l’administration coloniale
11-12 août 1904 Bataille de Waterberg Fuite forcée vers l’Omaheke et encerclement des points d’eau
2 octobre 1904 Ordre d’extermination de von Trotha Expulsion et mise à mort déclarées des Herero
octobre 1904 Début de la résistance nama Extension de la guerre au sud de la colonie
décembre 1904 Berlin annule l’ordre de von Trotha Passage de l’extermination désertique à l’internement massif
29 octobre 1905 Mort de Hendrik Witbooi Affaiblissement, sans fin immédiate, de la résistance nama
1905-1907 Camps et travail forcé, dont Shark Island Mortalité massive et exploitation des survivants
31 mars 1907 Fin officielle de l’état de guerre La détention et les structures coercitives subsistent
1908 Fermeture des principaux camps Consolidation de la dépossession coloniale

Morts, camps et effondrement démographique

Les archives coloniales sont lacunaires et les décomptes divergent. Le rapport Whitaker de l’ONU, publié en 1985, retient environ 65 000 Herero tués sur une population de 80 000 en 1904, soit environ 81 %, et 10 000 Nama sur 20 000, soit 50 %. L’historien Jan-Bart Gewald a couramment résumé les estimations historiographiques à 60 000-80 000 morts herero pour 1904-1908 ; la fourchette générale souvent citée reste 40 000-80 000. Pour les Nama, les estimations se concentrent autour de 10 000 morts entre 1904 et 1908.

Populations estimées en 1904 et morts estimés selon le rapport Whitaker de 1985Barres comparant 80 000 Herero dont 65 000 morts, et 20 000 Nama dont 10 000 morts.Rapport Whitaker, ONU, 1985Herero65 000 morts / 80 000Nama10 000 morts / 20 000morts estiméspopulation estimée en 1904

À Shark Island, les registres allemands indiquent qu’au moins 1 032 des 1 795 détenus nama arrivés entre septembre 1906 et mars 1907 moururent, soit environ 57 % en sept mois ; l’historienne Isabel V. Hull a repris ces chiffres en 2005 tout en soulignant les lacunes documentaires. Ailleurs, les décès furent souvent enregistrés de manière incomplète.

Des médecins et anthropologues allemands prélevèrent des crânes et restes humains, parfois sur des prisonniers décédés, afin d’alimenter la pseudo-science raciale. Eugen Fischer étudia en 1908 des enfants métis à Rehoboth ; ses travaux eugénistes contribuèrent ensuite à légitimer le racisme biologique allemand.

Le bilan ne se réduit pas aux morts : la perte des terres, du bétail, des structures politiques et de la transmission familiale transforma durablement les conditions d’existence des survivants. Voir aussi la chronologie de l’archive.

Ce que le génocide mit en place

Après 1904-1908, les autorités confisquèrent l’essentiel des terres et du bétail herero et nama. Des règlements de 1907 imposèrent aux Africains des laissez-passer, l’enregistrement et des contrats de travail coercitifs. Privés d’autonomie économique, de nombreux survivants devinrent ouvriers agricoles, domestiques ou travailleurs des mines au bénéfice des colons européens.

Le génocide ne fut pas une répétition générale mécanique de la Shoah : les contextes, institutions et victimes diffèrent. Il existe néanmoins des continuités documentées dans les pratiques de camp, la pensée raciale, l’eugénisme et certaines trajectoires individuelles. Franz Ritter von Epp, officier dans la colonie en 1904-1907, devint ensuite une figure du nazisme ; Eugen Fischer, auteur d’une étude raciale en 1913 fondée sur ses recherches de 1908, dirigea l’Institut Kaiser-Wilhelm d’anthropologie à partir de 1927.

La défaite allemande de 1915 mit fin à la colonie, mais non à l’ordre foncier. L’Afrique du Sud administra le territoire sous mandat de la Société des Nations à partir de 1920 et étendit la ségrégation. À l’indépendance de la Namibie, le 21 mars 1990, une grande part des terres agricoles commerciales restait issue de cette histoire de dépossession. Le dossier Génocide des Herero et des Nama examine ces héritages plus en détail.

Reconnaissance, restitutions et conflit mémoriel

En 2004, lors du centenaire de Waterberg, la ministre allemande Heidemarie Wieczorek-Zeul demanda pardon et déclara que les atrocités seraient aujourd’hui qualifiées de génocide. En mai 2021, après des négociations engagées en 2015, l’Allemagne reconnut officiellement le génocide et annonça 1,1 milliard d’euros d’aide au développement sur 30 ans. Berlin présenta cette somme comme un geste de reconnaissance, non comme des réparations juridiquement contraignantes.

Des représentants herero et nama ont rejeté un processus négocié principalement entre États, estimant les communautés victimes insuffisamment représentées. Le gouvernement namibien a, lui aussi, demandé en janvier 2024 une renégociation de certains termes de la déclaration commune. Le conflit porte sur la participation, la qualification juridique, la restitution des terres et l’écart entre aide au développement et réparations.

L’Allemagne restitua 20 crânes à la Namibie en 2011, puis d’autres restes humains lors de cérémonies en 2014 et 2018 ; ces retours n’épuisent ni l’identification des collections ni les demandes de restitution. Les commémorations à Okahandja, Waterberg et Shark Island maintiennent les morts au centre de la mémoire nationale et familiale.

Sources et lectures complémentaires

Questions fréquentes

Combien de Herero et de Nama sont morts entre 1904 et 1908 ?
Le rapport Whitaker de l’ONU, publié en 1985, estime qu’environ 65 000 Herero sur 80 000 et 10 000 Nama sur 20 000 moururent. Les estimations historiographiques varient de 40 000 à 80 000 morts herero ; pour les Nama, le chiffre le plus souvent retenu est d’environ 10 000 morts entre 1904 et 1908.
Pourquoi parle-t-on d’un génocide des Herero et des Nama ?
L’expression désigne une politique visant à détruire ces peuples en partie substantielle. Le général Lothar von Trotha ordonna le 2 octobre 1904 que tout Herero soit chassé de la colonie et menacé de mort. L’expulsion vers l’Omaheke, le contrôle des points d’eau, les camps, la famine et le travail forcé causèrent environ 75 000 morts selon les chiffres combinés du rapport Whitaker de 1985.
Que s’est-il passé à Shark Island ?
Shark Island, près de Lüderitz, fut un camp de concentration allemand particulièrement meurtrier. Les détenus nama et herero y subirent froid, faim, maladie, coups et travail forcé. D’après les registres coloniaux analysés notamment par Isabel V. Hull en 2005, au moins 1 032 des 1 795 Nama arrivés entre septembre 1906 et mars 1907 moururent, soit environ 57 %.
Qui a ordonné l’extermination des Herero ?
Le général allemand Lothar von Trotha, commandant des forces coloniales, publia le 2 octobre 1904 son « ordre d’extermination ». Après la bataille de Waterberg des 11 et 12 août 1904, ses troupes avaient déjà repoussé les Herero vers l’Omaheke. Le chancelier Bernhard von Bülow annula l’ordre en décembre 1904, mais l’internement et le travail forcé continuèrent jusqu’en 1908.
L’Allemagne a-t-elle payé des réparations à la Namibie ?
En mai 2021, l’Allemagne reconnut officiellement le génocide et annonça 1,1 milliard d’euros sur 30 ans pour des programmes de développement. Berlin refusa toutefois de qualifier cette somme de réparations juridiquement dues. Des représentants herero et nama contestèrent leur exclusion des négociations, tandis que le gouvernement namibien demanda en janvier 2024 de revoir certains termes de l’accord.

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Sources et lectures

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