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Cecil Rhodes : empire, mines et conquête en Afrique australe

Cecil Rhodes bâtit sa fortune dans le diamant, dirigea la colonie du Cap et imposa la domination britannique par la conquête et l’expropriation.

Cecil Rhodes : empire, mines et conquête en Afrique australe
Wikimedia Commons / Wikipedia — Cecil Rhodes

Cecil John Rhodes (1853–1902) fut un magnat britannique du diamant, un impérialiste et le Premier ministre de la colonie du Cap de 1890 à 1896, dont les entreprises, les lois et les guerres contribuèrent à déposséder les populations africaines d’Afrique australe.

Fondateur de De Beers Consolidated Mines en 1888 et moteur de la British South Africa Company (BSAC), dotée d’une charte royale en 1889, Rhodes transforma le capital minier en pouvoir territorial. Son nom fut donné en 1895 à la « Rhodésie », couvrant progressivement les territoires devenus le Zimbabwe et la Zambie. Son héritage relie directement le British Empire, l’extraction minière et la ségrégation institutionnelle en Afrique du Sud.

À retenir

  • Cecil Rhodes convertit le monopole diamantaire de De Beers, fondé en 1888, en influence politique et en pouvoir colonial armé.
  • La British South Africa Company, créée par charte en 1889, gouverna, taxa et conquit des territoires devenus le Zimbabwe et la Zambie.
  • Les conquêtes de 1893–1897 firent des milliers de morts africains ; Terence Ranger estimait leur nombre à environ 8 000 pour 1896–1897.
  • Le Glen Grey Act de 1894 utilisa fiscalité et restriction foncière pour contraindre davantage d’Africains à vendre leur travail.
  • Les bourses Rhodes, attribuées depuis 1903, perpétuent une fortune constituée par extraction minière, ségrégation professionnelle et expansion impériale.
  • Depuis 2015, Rhodes Must Fall conteste la célébration institutionnelle de Rhodes sans demander que son rôle historique soit oublié.

Qui était Cecil Rhodes ?

Né le 5 juillet 1853 à Bishop’s Stortford, en Angleterre, Rhodes arriva en 1870 dans la colonie britannique du Natal. Il gagna les champs diamantifères de Kimberley en 1871 et combina spéculation, rachats de concessions et influence politique. Avec Charles Rudd, Alfred Beit et des capitaux liés à la banque Rothschild, il consolida en 1888 De Beers, qui contrôlait alors environ 90 % de la production mondiale de diamants selon l’historien Robert I. Rotberg.

Élu au Parlement du Cap en 1881, Rhodes devint Premier ministre le 17 juillet 1890. Son projet associait suprématie britannique, domination blanche et axe territorial « du Cap au Caire ». Il quitta le gouvernement le 12 janvier 1896 après le raid Jameson, tentative armée menée du 29 décembre 1895 au 2 janvier 1896 contre la République sud-africaine.

« I contend that we are the finest race in the world and that the more of the world we inhabit the better it is for the human race. » — Cecil Rhodes, 1877, Confession of Faith.

Cette déclaration primaire ne relève pas d’une rhétorique périphérique : elle formule le racialisme qui légitimait son programme d’expansion.

Le mécanisme du pouvoir : monopole, charte et travail contraint

Rhodes transforma un monopole privé en instrument de conquête. À Kimberley, De Beers développa dès 1885 le système des closed compounds : des travailleurs africains, enfermés pendant leurs contrats et fouillés à la sortie, étaient séparés de leurs familles afin de réduire les coûts et d’empêcher le vol de diamants. Ces enceintes préfigurèrent des mécanismes de contrôle racial du travail ensuite généralisés en Afrique du Sud.

La charte royale accordée à la BSAC le 29 octobre 1889 l’autorisa à administrer des territoires, lever une police, conclure des traités et exploiter des minerais. En 1890, la Pioneer Column, forte d’environ 200 pionniers civils, 500 policiers de la BSAC et 150 auxiliaires africains, entra au Mashonaland. La compagnie combina accords contestés, violence militaire, impôts et confiscations foncières.

Premier ministre, Rhodes fit adopter le Glen Grey Act en 1894. Cette loi limita la propriété africaine dans le district concerné, institua une taxe sur le travail et poussa davantage d’hommes vers les mines et fermes coloniales.

Chronologie et bilan documenté

Date Événement
5 juillet 1853 Naissance de Cecil John Rhodes en Angleterre.
1871 Arrivée à Kimberley, centre de l’extraction diamantifère.
13 mars 1888 Constitution de De Beers Consolidated Mines.
29 octobre 1889 Charte royale accordée à la British South Africa Company.
17 juillet 1890 Rhodes devient Premier ministre de la colonie du Cap.
1893–1894 Première guerre matabélé et conquête du Matabeleland par la BSAC.
1894 Adoption du Glen Grey Act.
1895 Le nom « Rhodesia » est officiellement employé par la compagnie.
29 décembre 1895–2 janvier 1896 Échec du raid Jameson.
mars 1896–octobre 1897 Soulèvements shona et ndebele, ou première Chimurenga.
26 mars 1902 Mort de Rhodes à Muizenberg, à 48 ans.

La première guerre matabélé opposa en 1893–1894 environ 700 soldats de la compagnie, renforcés par des auxiliaires, aux forces du roi Lobengula. Les mitrailleuses Maxim permirent des massacres disproportionnés : lors de la bataille de la Shangani, le 25 octobre 1893, les estimations britanniques contemporaines comptèrent environ 1 500 morts ndebele, contre 4 morts dans la colonne coloniale.

Pendant les soulèvements de 1896–1897, les chiffres restent disputés. L’historien Terence Ranger estimait en 1967 qu’environ 8 000 Africains moururent au Matabeleland et au Mashonaland ; les autorités coloniales recensèrent 372 colons blancs tués en 1896. Les opérations britanniques comprirent exécutions, destruction de villages et de récoltes, ainsi que l’usage de dynamite contre des refuges.

Estimations des morts lors de trois épisodes liés à l’expansion de Rhodes, 1893 à 1897Barres comparant environ 1 500 morts ndebele à Shangani en 1893, 8 000 morts africains estimés par Terence Ranger pour 1896-1897 et 372 colons blancs recensés tués en 1896.Morts documentés ou estimésShangani, Ndebele, 1893≈1 500Africains, soulèvements 1896–97≈8 000Colons blancs tués, 189637204 0008 000

L’ordre colonial de Rhodes reposait moins sur une réussite individuelle que sur l’articulation de trois pouvoirs : monopole minier, gouvernement blanc et violence déléguée à une compagnie à charte.

La défense de Rhodes et ses limites

Ses défenseurs invoquent quatre éléments : l’investissement ferroviaire et télégraphique, la croissance minière, une politique électorale parfois moins restrictive que celle de ses adversaires afrikaners, et les bourses Rhodes. Son testament de 1899 créa un fonds administré après sa mort ; les premières bourses furent attribuées en 1903 à Oxford. Rhodes consacra également des ressources à son projet ferroviaire du Cap au Caire, jamais achevé sous la forme continue qu’il imaginait.

Ces arguments confondent infrastructure et intérêt public. Les voies ferrées desservaient d’abord les mines, les colons et l’expansion du British Empire. La franchise électorale « qualifiée » du Cap excluait déjà la majorité par des critères de propriété et de revenu ; Rhodes soutint en 1892 une réforme faisant passer le seuil de propriété de 25 à 75 livres sterling. Le Glen Grey Act de 1894 approfondit la dépossession et la contrainte économique.

La philanthropie posthume ne répare ni les conquêtes de 1893–1897, ni la ségrégation du travail, ni l’accaparement foncier. Elle a néanmoins permis à son capital et à son nom de survivre dans des institutions prestigieuses.

Après-vie, mémoire et contestation

Rhodes mourut le 26 mars 1902 et fut enterré le 10 avril 1902 à Malindidzimu, dans les collines Matobo. Sa tombe demeure un lieu de conflit mémoriel au Zimbabwe. La Rhodésie du Nord devint la Zambie le 24 octobre 1964 ; la Rhodésie du Sud, après la domination minoritaire blanche et une guerre de libération, devint le Zimbabwe le 18 avril 1980.

La campagne Rhodes Must Fall débuta le 9 mars 2015 à l’Université du Cap, lorsqu’un étudiant, Chumani Maxwele, projeta des excréments sur sa statue. L’université retira celle-ci le 9 avril 2015. À Oxford, la contestation visa la statue d’Oriel College : en juin 2020, le collège exprima son souhait de la retirer, mais elle restait en place en 2026, notamment en raison des procédures patrimoniales et du coût annoncé.

Le débat ne porte donc pas sur l’effacement de Rhodes, mais sur la manière de le nommer : architecte d’une expansion coloniale privée, bénéficiaire du travail racialement contrôlé et acteur central des structures qui précédèrent l’apartheid en Afrique du Sud.

Sources et lectures complémentaires

Questions fréquentes

Pourquoi Cecil Rhodes est-il célèbre ?
Cecil Rhodes est célèbre pour avoir fondé De Beers en 1888, dirigé la colonie du Cap de 1890 à 1896 et utilisé la British South Africa Company, créée par charte en 1889, pour conquérir des territoires. La « Rhodésie » reçut son nom en 1895. Son testament de 1899 finança aussi les bourses Rhodes, attribuées à partir de 1903.
Comment Cecil Rhodes a-t-il fait fortune ?
Rhodes fit fortune dans les diamants de Kimberley après son arrivée en 1871. Il racheta des concessions avec Charles Rudd, Alfred Beit et des capitaux Rothschild, puis forma De Beers Consolidated Mines en 1888. Selon Robert I. Rotberg, l’entreprise contrôlait alors environ 90 % de la production mondiale, tout en s’appuyant sur des travailleurs africains confinés dans des compounds.
Cecil Rhodes a-t-il créé l’apartheid ?
Rhodes n’a pas créé juridiquement l’apartheid, instauré par le Parti national après sa victoire électorale de 1948. Il contribua toutefois à ses fondations : compounds miniers dès 1885, restrictions électorales renforcées en 1892 et Glen Grey Act en 1894. Ces dispositifs organisèrent dépossession foncière, mobilité contrainte et hiérarchie raciale du travail dans la colonie du Cap.
Combien de personnes sont mortes dans les guerres liées à Rhodes ?
Les archives ne permettent pas un total unique. À Shangani, le 25 octobre 1893, les estimations britanniques comptèrent environ 1 500 morts ndebele contre 4 soldats coloniaux. Pour les soulèvements de 1896–1897, Terence Ranger estima en 1967 qu’environ 8 000 Africains moururent ; les autorités coloniales recensèrent 372 colons blancs tués en 1896.
Qu’est-ce que le mouvement Rhodes Must Fall ?
Rhodes Must Fall est un mouvement de décolonisation universitaire lancé le 9 mars 2015 à l’Université du Cap par une protestation de Chumani Maxwele. La statue de Rhodes y fut retirée le 9 avril 2015. La campagne gagna ensuite Oxford, où Oriel College annonça en juin 2020 souhaiter retirer sa statue, toujours en place en 2026.

Chapitres liés

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Sources et lectures

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