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Lothar von Trotha : architect du génocide héréro et nama

Biographie documentée de Lothar von Trotha, général allemand responsable de l’ordre d’extermination contre les Héréro en Namibie coloniale en 1904.

Lothar von Trotha : architect du génocide héréro et nama
Wikimedia Commons / Wikipedia — Lothar von Trotha

Lothar von Trotha (1848–1920) était un général prussien et commandant colonial allemand, principal exécutant militaire du génocide des Héréro et des Nama commis entre 1904 et 1908 dans le Sud-Ouest africain allemand, aujourd’hui la Namibie.

Nommé commandant des troupes coloniales en mai 1904, il transforma une guerre contre la domination de l’Empire allemand en politique d’expulsion, d’extermination et d’internement. Son ordre du 2 octobre 1904 déclarait que tout Héréro trouvé dans la colonie serait abattu. Les estimations historiques couramment retenues situent les pertes entre 60 000 et 80 000 Héréro et autour de 10 000 Nama entre 1904 et 1908.

À retenir

  • Lothar von Trotha dirigea en 1904 l’expulsion des Héréro vers l’Omaheke et ordonna de tirer sur toute personne héréro rencontrée.
  • Le génocide de 1904–1908 fit environ 65 000 morts héréro et 10 000 morts nama selon l’estimation publiée par Horst Drechsler en 1966.
  • L’ordre d’extermination du 2 octobre 1904 visait explicitement combattants, civils, femmes et enfants, supprimant toute distinction de statut.
  • Berlin annula l’ordre le 8 décembre 1904, mais les camps, le travail forcé, la famine et les maladies continuèrent à tuer.
  • L’Allemagne reconnut officiellement le génocide en 2021, sans accepter juridiquement les 1,1 milliard d’euros annoncés comme des réparations.

Qui était Lothar von Trotha ?

Né le 3 juillet 1848 à Magdebourg, Adrian Dietrich Lothar von Trotha entra dans l’armée prussienne en 1865. Il participa à la guerre austro-prussienne de 1866 puis à la guerre franco-allemande de 1870–1871. Sa carrière associa l’expansion impériale de l’Empire allemand à une doctrine de guerre punitive contre les populations colonisées.

En Afrique orientale allemande, il réprima en 1894–1897 des résistances locales, notamment celle des Wahehe. En Chine, il commanda en 1900–1901 une brigade du corps expéditionnaire allemand engagé contre la révolte des Boxers. Le 3 mai 1904, l’empereur Guillaume II le nomma commandant de la Schutztruppe du Sud-Ouest africain allemand, en remplacement de Theodor Leutwein. Il devint aussi gouverneur de la colonie en novembre 1904.

« Ma politique est et demeure celle-ci : exercer la violence par tous les moyens, le terrorisme même. » — Lothar von Trotha, lettre au gouverneur Theodor Leutwein, 5 novembre 1904.

Le choix de Trotha n’était pas accidentel : Berlin envoya un officier connu pour privilégier l’anéantissement militaire plutôt que la négociation.

Le mécanisme du pouvoir colonial et de l’extermination

La guerre commença en janvier 1904 après des années de spoliations foncières, d’endettement imposé, de violences et de domination juridique raciale. Sous Samuel Maharero, des combattants héréro attaquèrent des postes coloniaux. Trotha arriva avec des renforts et concentra ses forces autour du Waterberg.

Le 11 août 1904, environ 4 000 à 6 000 soldats allemands, selon les reconstructions militaires, affrontèrent plusieurs milliers de combattants héréro accompagnés de dizaines de milliers de civils. L’encerclement allemand resta incomplet, mais la fuite vers l’est conduisit la population dans l’Omaheke, marge aride du Kalahari. Les patrouilles allemandes gardèrent les points d’eau, repoussèrent les survivants et laissèrent mourir de soif des familles entières.

Le 2 octobre 1904, Trotha publia son Vernichtungsbefehl, ou ordre d’extermination :

« À l’intérieur des frontières allemandes, tout Héréro, avec ou sans fusil, avec ou sans bétail, sera abattu. Je n’accueille plus ni femmes ni enfants. » — Lothar von Trotha, Ordre au peuple héréro, 2 octobre 1904.

Après l’ordre d’extermination vinrent les camps de concentration, le travail forcé, la faim et les maladies. À Shark Island, près de Lüderitz, des prisonniers nama et héréro furent exposés au froid, à la sous-alimentation et aux travaux meurtriers.

Chronologie et bilan documenté

Date Événement
3 juillet 1848 Naissance de Trotha à Magdebourg
1865 Entrée dans l’armée prussienne, à 17 ans
1894–1897 Commandement colonial en Afrique orientale allemande
1900–1901 Participation à l’expédition internationale contre les Boxers en Chine
3 mai 1904 Nomination à la tête de la Schutztruppe en Afrique du Sud-Ouest
11 août 1904 Bataille du Waterberg et fuite massive vers l’Omaheke
2 octobre 1904 Proclamation de l’ordre d’extermination des Héréro
8 décembre 1904 Abrogation de l’ordre sur instruction impériale
22 avril 1905 Départ de Trotha de la colonie
31 mars 1920 Mort à Bonn, à 71 ans

Les recensements coloniaux sont incomplets et les estimations varient. Le rapport britannique de 1918, connu comme le Blue Book, évaluait la population héréro d’avant-guerre à environ 80 000 personnes et les survivants à environ 15 000, soit près de 65 000 morts entre 1904 et 1908. L’historien Horst Drechsler avançait en 1966 environ 65 000 morts héréro et 10 000 morts nama. Le rapport Whitaker des Nations unies de 1985 reprit l’ordre de grandeur d’environ 65 000 Héréro, soit 80 % de leur population, et 10 000 Nama, soit environ 50 %.

Estimations historiques des morts héréro et nama pendant le génocide de 1904 à 1908Barres comparant 65 000 morts héréro et 10 000 morts nama selon Drechsler en 1966, chiffres repris dans la littérature historique.Morts estimés, 1904–1908 — Drechsler, 1966Héréro65 000Nama10 000065 000

Ces morts résultèrent des combats, mais surtout de l’expulsion dans le désert, de la privation d’eau, de la famine, des maladies, des exécutions, des camps et du travail forcé. Le génocide des Héréro et des Nama est généralement considéré comme le premier génocide du XXe siècle.

La défense de Trotha et ses limites

Trotha présenta l’extermination comme une nécessité militaire. Dans ses lettres de 1904, il affirmait que la nation héréro devait être détruite ou expulsée et que l’« humanité » affaiblirait l’autorité allemande. Ses défenseurs invoquèrent l’insurrection de janvier 1904, la mort de colons et la difficulté de contrôler un territoire immense.

Cette justification ne résiste pas au dossier. L’ordre du 2 octobre 1904 ne distinguait ni combattants ni civils ; il visait explicitement les hommes désarmés, les femmes et les enfants. Le contrôle des points d’eau transforma la géographie désertique en arme. Après l’annulation de l’ordre en décembre 1904, l’internement collectif poursuivit le même objectif par d’autres moyens.

Même certains responsables coloniaux contestèrent sa stratégie, non par égalité antiraciste, mais parce qu’ils voulaient conserver une main-d’œuvre africaine. Leutwein privilégiait la capitulation et l’exploitation économique ; Trotha revendiquait la destruction. Leur désaccord portait donc principalement sur la méthode de domination, pas sur la légitimité du régime colonial.

Après-vie politique, responsabilité et mémoire

Trotha quitta l’Afrique en avril 1905 et fut promu général d’infanterie en 1910. Il mourut à Bonn le 31 mars 1920 sans avoir été jugé. Sa responsabilité resta longtemps marginalisée dans la mémoire publique allemande, tandis que les communautés héréro et nama entretenaient la mémoire des morts, des terres volées et des chefs exécutés.

En 2004, cent ans après le Waterberg, la ministre allemande Heidemarie Wieczorek-Zeul demanda pardon au nom de l’Allemagne et reconnut que les actes commis correspondraient aujourd’hui à un génocide. En 2007, des descendants de Trotha rencontrèrent des représentants héréro en Namibie et exprimèrent honte et regret.

Le 28 mai 2021, l’Allemagne reconnut officiellement les crimes de 1904–1908 comme un génocide et annonça 1,1 milliard d’euros sur 30 ans pour des programmes de développement. Le gouvernement namibien négocia l’accord, mais des représentants héréro et nama dénoncèrent leur exclusion et le refus allemand de qualifier cette somme de réparations. En 2024, soit 120 ans après l’ordre d’extermination, les controverses sur la participation directe des descendants, la restitution des terres et les réparations demeuraient ouvertes.

La mémoire de Trotha ne se réduit pas à celle d’un officier brutal : elle révèle comment l’État colonial transforma le racisme, la guerre et l’administration en instruments coordonnés de destruction.

Sources et lectures complémentaires

Questions fréquentes

Qui était Lothar von Trotha ?
Lothar von Trotha, né le 3 juillet 1848 et mort le 31 mars 1920, était un général prussien. Guillaume II le nomma le 3 mai 1904 commandant de la Schutztruppe dans le Sud-Ouest africain allemand. Il dirigea la campagne contre les Héréro, promulgua l’ordre d’extermination du 2 octobre 1904 et supervisa la première phase du génocide des Héréro et des Nama.
Qu’ordonnait le Vernichtungsbefehl du 2 octobre 1904 ?
Le *Vernichtungsbefehl* déclarait que tout Héréro trouvé à l’intérieur de la colonie allemande serait abattu, qu’il soit armé ou non. Trotha précisait qu’il ne recevrait plus les femmes et les enfants, qui seraient repoussés. Promulgué le 2 octobre 1904 puis annulé le 8 décembre 1904, cet ordre consacrait l’expulsion meurtrière vers l’Omaheke.
Combien de Héréro et de Nama sont morts entre 1904 et 1908 ?
Le bilan exact demeure incertain. Le *Blue Book* britannique de 1918 suggérait environ 65 000 morts héréro sur une population initiale de 80 000. Horst Drechsler estimait en 1966 environ 65 000 morts héréro et 10 000 morts nama. Le rapport Whitaker de l’ONU de 1985 associait ces pertes à environ 80 % des Héréro et 50 % des Nama.
Lothar von Trotha a-t-il été jugé pour le génocide ?
Non. Lothar von Trotha quitta le Sud-Ouest africain allemand le 22 avril 1905, fut promu général d’infanterie en 1910 et mourut à Bonn le 31 mars 1920. Aucun tribunal ne le jugea. La qualification internationale de génocide fut appliquée rétrospectivement, notamment dans le rapport Whitaker des Nations unies de 1985, puis reconnue officiellement par l’Allemagne en 2021.
L’Allemagne a-t-elle versé des réparations aux Héréro et aux Nama ?
Le 28 mai 2021, l’Allemagne reconnut officiellement le génocide et annonça 1,1 milliard d’euros sur 30 ans pour des projets de développement en Namibie. Berlin refusa toutefois de présenter cette somme comme des réparations juridiquement dues. Des représentants héréro et nama contestèrent l’accord, estimant avoir été insuffisamment associés aux négociations et réclamant participation directe, restitution foncière et réparations.

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Sources et lectures

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