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Winston Churchill : empire, guerre et famine au Bengale

Référence critique sur Winston Churchill : pouvoir impérial, guerre, famine du Bengale, bilan documenté, controverses et mémoire contemporaine.

Winston Churchill : empire, guerre et famine au Bengale
Wikimedia Commons / Wikipedia — Winston Churchill

Winston Leonard Spencer Churchill (1874–1965) fut un homme d’État, officier et écrivain britannique, Premier ministre de 1940 à 1945 puis de 1951 à 1955, dont la direction de guerre demeure indissociable d’un impérialisme racial assumé.

Député pendant environ 62 ans entre 1900 et 1964, libéral de 1904 à 1924 puis conservateur, Churchill exerça plusieurs ministères clés. Son rôle dans la résistance britannique à l’Allemagne nazie ne résume pas son bilan : il participa aussi à la coercition coloniale en Irak, défendit la domination blanche et dirigea le gouvernement pendant la famine du Bengale de 1943–1944.

À retenir

  • Winston Churchill dirigea la résistance britannique au nazisme tout en défendant explicitement la domination impériale et les hiérarchies raciales.
  • Son cabinet contrôlait en 1943 les arbitrages maritimes et alimentaires essentiels aux secours destinés au Bengale affamé.
  • Les estimations de la famine vont de 1,5 million en 1945 à 3,8 millions selon Paul Greenough en 1982.
  • Les contraintes de guerre expliquent certaines décisions britanniques, mais n’annulent ni les avertissements reçus ni la responsabilité gouvernementale.
  • La mémoire de Churchill oppose encore un récit héroïque centré sur 1940 à l’histoire documentée des populations colonisées.

Qui était Winston Churchill ?

Né le 30 novembre 1874 au palais de Blenheim et mort le 24 janvier 1965 à Londres, Churchill appartenait à l’aristocratie politique britannique. Après Sandhurst, il servit ou observa des guerres à Cuba, en Inde, au Soudan et en Afrique australe, transformant ses campagnes en carrière journalistique et électorale.

Il occupa notamment les fonctions de ministre de l’Intérieur de 1910 à 1911, Premier lord de l’Amirauté de 1911 à 1915 puis de 1939 à 1940, secrétaire aux Colonies de 1921 à 1922 et chancelier de l’Échiquier de 1924 à 1929. Son parcours associa parlementarisme, commandement militaire, célébrité littéraire et défense constante de l’Empire britannique.

« I have not become the King’s First Minister in order to preside over the liquidation of the British Empire. » — Winston Churchill, discours du Mansion House, 10 novembre 1942.

Cette déclaration publique exprime une politique, non une simple tournure d’époque : Churchill considérait l’empire comme une hiérarchie légitime, fondée sur la souveraineté britannique et l’inégalité entre peuples.

Les mécanismes de son pouvoir

Le pouvoir de Churchill reposait sur quatre leviers : une présence parlementaire exceptionnellement longue, le contrôle de ministères régaliens, l’accès aux états-majors et une maîtrise de la presse et de la rhétorique. Comme Premier ministre et ministre de la Défense à partir du 10 mai 1940, il coordonna cabinet de guerre, armées, renseignement et ressources impériales.

L’empire fournissait hommes, nourriture, devises, navires et matières premières. En 1943, le gouvernement de guerre pouvait hiérarchiser les transports maritimes, fixer les priorités d’importation et réquisitionner les approvisionnements indiens. Londres gouvernait l’Inde par le vice-roi, alors Victor Hope, marquis de Linlithgow, remplacé en octobre 1943 par Archibald Wavell.

La coercition était également militaire. Pendant la révolte irakienne de 1920, la Grande-Bretagne employa bombardements aériens et punitions collectives. Churchill soutint l’examen des armes chimiques ; le dossier établit son intention de permettre des agents lacrymogènes, mais ne prouve pas que du gaz létal fut utilisé en Irak sous son autorité.

Chronologie et bilan documenté

Date Événement
1897 Campagne de Malakand, sur la frontière nord-ouest de l’Inde britannique
1900 Première élection à la Chambre des communes
1911 Nomination comme Premier lord de l’Amirauté
1915 Échec des Dardanelles : l’historien Robin Prior estimait en 2009 environ 500 000 pertes alliées et ottomanes, dont plus de 110 000 morts
1921 Nomination au Colonial Office après la révolte irakienne de 1920
1930 Opposition à l’autonomie constitutionnelle de l’Inde et à Gandhi
10 mai 1940 Accession au poste de Premier ministre
1943–1944 Famine du Bengale sous son gouvernement
26 juillet 1945 Fin de son premier mandat après la défaite électorale conservatrice
26 octobre 1951 Retour au pouvoir ; mandat achevé le 5 avril 1955

Le bilan le plus meurtrier directement lié à son gouvernement colonial est la famine bengalie. La commission officielle d’enquête de 1945 estima environ 1,5 million de morts pour 1943 ; l’historien Paul Greenough calcula en 1982 entre 3,5 et 3,8 millions de morts excédentaires pour 1943–1944, tandis que l’estimation couramment retenue par les historiens se situe entre 2,1 et 3 millions.

Estimations des morts de la famine du Bengale en millions, publiées en 1945 et 1982Trois barres indiquent 1,5 million selon la commission de 1945, puis 3,5 à 3,8 millions selon Paul Greenough en 1982.Morts estimées, en millionsCommission, 19451,5Greenough, 1982 — bas3,5Greenough, 1982 — haut3,8

Les télégrammes reproduits dans les archives montrent que Wavell jugeait les secours insuffisants. Churchill formula aussi des remarques hostiles aux Indiens et à Gandhi. La citation souvent diffusée selon laquelle les Indiens « breed like rabbits » est rapportée par Leo Amery dans son journal à l’entrée du 4 juillet 1944 ; elle n’est pas un discours public sténographié.

Le bilan historique doit distinguer l’attribution d’une phrase, la chaîne décisionnelle documentée et la responsabilité d’un cabinet qui choisit ses priorités en connaissance d’une catastrophe.

La défense de Churchill et ses limites

Ses défenseurs invoquent d’abord l’année 1940 : après la chute de la France, Churchill refusa une paix négociée avec Adolf Hitler, maintint la guerre et contribua à la défaite du nazisme en 1945. Ils soulignent aussi la pénurie mondiale de navires, la menace japonaise dans l’océan Indien et les importations finalement envoyées au Bengale.

L’historien Zareer Masani soutient que Churchill ne peut être personnellement rendu responsable de toute la famine ; Madhusree Mukerjee insiste au contraire, depuis 2010, sur les refus, retards et priorités impériales aggravant la crise. Les travaux de Cormac Ó Gráda montrent que la pénurie agrégée n’explique pas seule la mortalité : effondrement du pouvoir d’achat, distribution et maladies furent déterminants.

Cette défense ne supprime cependant ni le contrôle britannique des politiques commerciales et maritimes, ni les demandes répétées de secours, ni le racisme attesté de Churchill. Sauver la Grande-Bretagne d’Hitler et contribuer à une politique impériale meurtrière ne sont pas des propositions incompatibles.

Postérité, mémoire et controverses actuelles

Churchill reçut le prix Nobel de littérature en 1953. Ses funérailles nationales eurent lieu le 30 janvier 1965. En 2002, un scrutin de la BBC le désigna « Greatest Briton », signe de sa centralité dans le récit national britannique de la Seconde Guerre mondiale.

Cette mémoire héroïque est désormais contestée par les recherches sur le Bengale, l’Irak, l’Inde et le Kenya. En juin 2020, pendant les manifestations suivant le meurtre de George Floyd, sa statue de Parliament Square fut protégée après avoir été marquée des mots « was a racist ». Le débat ne porte pas sérieusement sur l’existence de ses opinions racistes, abondamment documentées, mais sur leur place dans l’évaluation de ses décisions.

Une histoire rigoureuse refuse deux simplifications : réduire Churchill à un monstre isolé exonérerait les institutions de l’Empire britannique ; le célébrer uniquement comme chef de guerre effacerait les populations colonisées dont les ressources et les vies furent subordonnées à cet empire.

Sources et lectures complémentaires

Questions fréquentes

Winston Churchill était-il raciste ?
Oui, selon ses propres propos et ses positions politiques documentées. Churchill défendit la supériorité impériale britannique, combattit l’autonomie indienne autour de 1930 et tint des propos dépréciatifs sur les Indiens. Le désaccord historique sérieux concerne surtout l’effet précis de ces convictions sur chaque décision, notamment pendant la famine du Bengale de 1943–1944.
Churchill est-il responsable de la famine du Bengale ?
Churchill ne fut ni l’unique cause ni l’unique décideur, mais son gouvernement porte une responsabilité majeure. En 1943, Londres contrôlait transports, achats et priorités impériales malgré les demandes de secours. La commission de 1945 compta environ 1,5 million de morts ; Paul Greenough estima en 1982 entre 3,5 et 3,8 millions de morts excédentaires.
Churchill a-t-il ordonné l’emploi de gaz contre les Irakiens ?
En 1919, Churchill recommanda l’emploi d’agents chimiques incapacitants contre des populations qualifiées de « non civilisées ». Comme secrétaire aux Colonies en 1921, il soutint la coercition aérienne en Irak. Les archives attestent cette approbation de principe, mais elles ne démontrent pas l’emploi opérationnel de gaz létal britannique pendant la révolte irakienne de 1920.
Pourquoi Churchill est-il considéré comme un héros de guerre ?
Devenu Premier ministre le 10 mai 1940, Churchill refusa une paix négociée après l’offensive allemande en Europe occidentale. Ses discours, son cabinet de coalition et sa coopération avec Franklin D. Roosevelt puis Joseph Staline contribuèrent à maintenir la Grande-Bretagne en guerre jusqu’à la capitulation allemande du 8 mai 1945.
Combien de temps Churchill a-t-il gouverné le Royaume-Uni ?
Churchill fut Premier ministre du 10 mai 1940 au 26 juillet 1945, puis du 26 octobre 1951 au 5 avril 1955, soit environ 8 ans et 8 mois au total. Il siégea par ailleurs à la Chambre des communes pendant quelque 62 ans entre son élection de 1900 et son retrait parlementaire en 1964.

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Sources et lectures

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